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Santé

Le Québec lance une enquête publique sur la mort d’une femme autochtone, Joyce Echaquan

Pourquoi les Global Citizens doivent s'en préoccuper
Le racisme systémique se traduit par un accès inéquitable aux soins de santé et par des décès évitables. Conformément à l'objectif mondial n° 3 des Nations Unies, les pays sont invités à assurer la santé et le bien-être de tous, partout dans le monde. Vous pouvez nous rejoindre et passer à l'action sur des questions connexes ici.  

La province du Québec va lancer une enquête publique sur la mort de Joyce Echaquan, une femme autochtone de 37 ans qui s'est filmée en train de se faire insulter par des membres du personnel hospitalier quelques heures avant son décès le 28 septembre. 

L'annonce a été faite le 3 octobre, cinq jours après la mort de Joyce Echaquan, par la coroner en chef de la province, Pascale Descary.

Mère de sept enfants, Mme Echaquan a été admise à l'hôpital de Joliette, au Québec, pour des crampes d'estomac le 26 septembre. Elle a fini par mourir sur son lit d'hôpital deux jours plus tard, peu après avoir partagé sur Facebook une vidéo en direct dans laquelle le personnel de l'hôpital profère des insultes racistes à son encontre.

Ces images ont suscité l'indignation partout au Canada. Au cours du week-end, des manifestants sont descendus dans les rues de Montréal, Toronto, Vancouver et d'autres villes pour demander justice pour Mme Echaquan et exprimer leurs préoccupations quant au racisme systémique qui prévaut dans le système de santé canadien.

« Chaque jour au Québec et au Canada, des enfants, des femmes et des hommes autochtones sont victimes de mépris et de racisme dans le système de santé, ont déclaré les membres de la famille et de la communauté de Mme Echaquan dans un communiqué publié quelques heures après l'annonce de Mme Descary. Le cas de Joyce Echaquan à l’Hôpital de Joliette n’est certainement pas unique, c’est plutôt la pointe de l’iceberg. »

« L’enquête publique doit nécessairement apporter des réponses qui permettront d’amorcer un changement dans la prestation des soins de santé envers les Autochtones », ont-ils ajouté.

Les dirigeants et les militants autochtones ont souligné que les circonstances troublantes de la mort de Mme Echaquan ne constituaient pas un incident isolé. À plusieurs reprises, des préjugés raciaux ont empêché les populations autochtones de recevoir des soins adéquats en temps utile, ce qui a parfois entraîné des décès évitables.

En 2008, Brian Sinclair, un homme autochtone de 45 ans, est resté assis dans son fauteuil roulant pendant plus de 34 heures dans une salle d'urgence, en attendant d'être ausculté. Au moment où le personnel médical l'a examiné, il était déjà mort depuis plusieurs heures des suites d'une infection de la vessie traitable, comme l'a révélé une autopsie. 

Les enquêteurs ont découvert que le personnel médical avait émis plusieurs fausses hypothèses sur M. Sinclair qui l'ont empêché d'être soigné, en supposant notamment qu'il était ivre, qu'il avait déjà été libéré et qu'il n'avait nulle part où aller, ou qu'il était sans abri et qu'il s'était rendu sur place pour échapper au froid.

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Le traitement infligé à Mme Echaquan par le personnel hospitalier a également attiré l'attention sur de récentes allégations selon lesquelles le personnel des services d'urgence de la Colombie-Britannique jouait à un « jeu » intitulé « The Price Is Right ». Celui-ci consisterait à deviner le taux d'alcoolémie des patients, pour la plupart autochtones.

Cette négligence récurrente n'est pas le seul obstacle qui empêche les Autochtones de bénéficier d'un accès équitable aux soins de santé. 

Les messages de santé publique font souvent défaut dans les communautés autochtones, ce qui se traduit par des effets négatifs, tels que des taux de tabagisme commercial plus élevés ainsi que l'aggravation de certaines maladies préexistantes. 

De nombreuses communautés isolées disposent également d'un accès limité aux services de soins de santé, ce qui les oblige à parcourir de longues distances pour se faire examiner par des médecins. C'est le cas de Mme Echaquan, qui a effectué un trajet de 184 kilomètres depuis son domicile situé dans la communauté de Manawan pour se rendre à Joliette. 

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Les problèmes de santé et l'accès limité aux soins sont également exacerbés par le taux de pauvreté extraordinairement élevé des communautés autochtones. Selon une étude réalisée en 2019, près de la moitié des enfants autochtones au Canada vivent dans la pauvreté, un taux trois fois plus élevé que le taux de pauvreté national signalé en 2016.

Dans une déclaration faite dimanche dernier à l'occasion de la Journée nationale pour commémorer les femmes et filles autochtones disparues et assassinées au Canada, le Premier ministre du Québec, François Legault, a évoqué la mort de Mme Echaquan et le racisme dont elle a été victime. Il a toutefois affirmé que la province ne connaissait pas de racisme systémique.

Le mari de Mme Echaquan, Carol Dubé, n'est pas d'accord.

« Je suis convaincu que ma conjointe est décédée parce que le racisme systémique a contaminé l’hôpital de Joliette, a déclaré M. Dubé dans son discours aux représentants du gouvernement fédéral à Ottawa le 1er octobre. Ma conjointe a vécu ses derniers jours dans l’agonie entourée de gens méprisants. Les derniers mots qu’elle a entendus avant de mourir, de ceux qui étaient supposés la protéger : des insultes, l’humiliation. »