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Tampons
Josefin / Unsplah
Filles et Femmes

Briser le tabou sur la précarité menstruelle en France


Pourquoi les Global Citizens doivent s’en préoccuper
En France, 130 000 filles manquent l’école parce qu’elles n’ont pas accès à des produits d’hygiène intime. Tout être humain a droit à un accès à l’hygiène, à une eau propre et à l’égalité des sexes, conformément aux objectifs de développement durable n° 5 et n° 6. Passez à l’action ici.

Début janvier 2019, l’université de Lille a organisé une distribution de 30 000 kits de protections hygiéniques au sein de ses différents campus. L’université a annoncé que l’opération sera réitérée en 2020 et en 2021.

Ce dispositif inédit témoigne de l’action sur la question de la précarité menstruelle en France, une question souvent oubliée, mais qui concerne plusieurs pans de la société française. C’est un sujet qui fait les manchettes de plus en plus, particulièrement à la lumière des nombreux appels à la gratuité des protections hygiéniques dans les établissements scolaires français par le bulletin féministe « Les Petites Glo ».

Agissez dès maintenant : Le président Ramaphosa a investi dans les serviettes hygiéniques ! Dites merci et demandez-lui d’en faire plus.

Les campagnes de sensibilisation se multiplient auprès du grand public sur la question.

En France, selon une étude de l’IFOP, l’institut français d’opinion publique chargé des sondages d’opinion et d’études marketing, parue en mars dernier, 130 000 jeunes filles manquent l’école chaque année parce qu’elles n’ont pas les moyens d’acheter les produits adéquats pour leurs règles. En Angleterre, une fille sur 10 âgée de 14 à 21 ans n’a pas accès à des produits hygiéniques, selon une étude de Plan International publiée en octobre 2017. Dans le monde, c’est près de 500 millions de filles qui sont touchées par la précarité menstruelle par manque de moyens, par manque d’accès à des produits hygiéniques.

Récemment, une étude sur les dépenses annuelles liées aux règles a provoqué de nombreux débats sur les réseaux sociaux en France.

En France, 1,7 million de femmes sont concernées par la précarité menstruelle, selon un sondage de l’IFOP pour Dons solidaires, une association qui collecte des invendus non alimentaires auprès des entreprises pour ceux qui sont dans le besoin.

La précarité est un sujet qui préoccupe les Français de plus en plus. Selon un rapport de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), la France compte 8,8 millions de pauvres. Les femmes sont plus durement touchées par la précarité, surtout lorsqu’on tient compte du fait que 40 % des sans domicile fixe (SDF) en France sont des femmes, et la problématique de la précarité menstruelle les touche de plein fouet.

« Les règles coûtent cher », déclare Marine Creuzet, bénévole auprès de l’association Règles Élémentaires.

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Cette association œuvre auprès des femmes en situation de précarité et des SDF. L’association organise des collectes dans la capitale, mais aussi en province, avec le soutien des pouvoirs publics. Comme bénévole, Mme Creuzet a souvent travaillé à des centres d’accueil qui n’avaient pas pensé à octroyer un budget pour l’achat de produits hygiéniques. Pourtant, 39 % des femmes les plus précaires ne disposent pas suffisamment de protections hygiéniques et plus d’une femme sur trois ne change pas assez de protection ou a recours à l’utilisation de protections de fortune, selon l’IFOP.

Cependant, la précarité menstruelle n’affecte pas seulement les filles et les femmes sur le plan économique, mais a également un impact sur leurs vies sociales et professionnelles. Les règles ont un coût social élevé.

« La précarité menstruelle touche au corps de la femme, à son intimité et c’est encore un sujet tabou », explique Mme Creuzet.

Certaines voix s’élèvent dorénavant pour plus de transparence sur le sujet, ainsi que pour éduquer le public face à ce problème de santé publique. En octobre dernier, le hashtag #payetesrègles avait remis le débat sur la question.

Cette situation de précarité n’affecte pas seulement les sans-abris et les étudiants, mais également les familles monoparentales, les demandeurs d’emploi, ainsi que celles et ceux qui vivent sous le seuil de pauvreté compris fixé à 1026 euros par mois pour une personne seule et qui représentent 14 % de la population française. C’est la raison pour laquelle les serviettes hygiéniques font partie des produits les plus demandés auprès des associations qui en distribuent, car elles sont considérées comme un produit de luxe.

En septembre 2018, l’Écosse a annoncé l’allocation d’un budget de 5,8 millions d’euros, afin de permettre à environ 395 000 jeunes filles scolarisées d’avoir accès à des protections hygiéniques. Cette action de l’Écosse a fait bouger les lignes sur le plan politique en Europe. Les pouvoirs publics français réfléchissent maintenant à la meilleure manière d’améliorer l’accès aux protections hygiéniques d’ici la fin 2019.

Les associations comme Règles Élémentaires ont pris le problème à bras le corps depuis longtemps et s’évertuent à communiquer sur ce problème qui n’est encore que peu connu, et des films comme Les Invisibles de Louis Julien Petit tentent de briser le tabou d’une autre façon.

Qu’elles soient étudiantes, mères de famille, SDF ou femmes incarcérées, elles ont toutes un point en commun : l’accès aux protections hygiéniques est difficile.

En avril 2018, la Mutuelle des étudiants (LMDE) a annoncé qu’elle accorderait un remboursement à hauteur de 25 euros par an pour les dépenses concernant les protections hygiéniques sur l’ensemble de ses assurées. Always France a également lancé en mars une campagne de sensibilisation à la précarité menstruelle auprès du public français avec un relais média et une sensibilisation auprès des jeunes par le biais d’influenceurs.

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Le travail des associations sur le terrain et des bénévoles se manifeste sous plusieurs formes. Des collectes de produits hygiéniques sont organisées par des associations telles que Règles Élémentaires, Agir pour la santé des femmes ou encore Dons solidaires. D’autres organisations mettent l’accent sur l’éducation aux alternatives à la serviette ou aux tampons tels que la Diva Cup, la serviette lavable et bien d’autres.

Quelle que soit la raison pour la précarité, c’est un choix lourd lorsqu’une étudiante, femme célibataire, travailleuse, ou mère doit choisir entre la nourriture ou des protections intimes.