Partout dans le monde, des milliards de personnes participent au marché du travail sans forcément savoir d’où viennent les droits qui les protègent au quotidien. Un salaire équitable, des conditions de travail sûres, la liberté de s’organiser collectivement. Ces acquis, que beaucoup tiennent aujourd’hui pour évidents, sont le fruit de décennies de luttes portées notamment par l’Organisation internationale du travail (OIT).
Depuis plus d’un siècle, l’OIT œuvre à établir des droits et des protections fondamentales dans le monde entier. Elle s’est donné pour mission de promouvoir un travail équitable et la justice sociale, au service des travailleurs comme des entreprises. Aujourd’hui, son mandat reste plus important que jamais. Sans que la plupart d’entre nous en ayons conscience, l’OIT influence en coulisses notre quotidien professionnel.
Par exemple, l’OIT a joué un rôle clé dans la promotion de la journée de huit heures et dans l’intégration de jours de repos aux plannings, en contribuant à fixer des normes mondiales sur un temps de travail décent. Elle a aussi œuvré pour garantir l’égalité d’accès des femmes aux opportunités d’emploi et plaidé en faveur de conditions de travail saines et sûres pour toutes et tous. L’organisation a également dirigé des efforts mondiaux visant à éliminer le travail des enfants et le travail forcé, y compris la traite des êtres humains et l’asservissement par la dette.
Malgré les avancées en matière de droits du travail, et alors même que la richesse mondiale continue d’augmenter, le monde du travail est confronté à des défis urgents. Les fondations du travail décent se fragilisent pour une large partie de la population, tandis que les inégalités persistent. Aujourd’hui encore, 138 millions d’enfants dans le monde sont contraints de travailler, dont 54 millions dans des conditions dangereuses. Par ailleurs, plus de deux milliards de personnes exercent une activité dans l’économie informelle, sans contrat, sans droits au travail et sans aucune protection sociale. Ces réalités montrent clairement qu’il reste encore beaucoup à faire pour garantir un avenir du travail plus juste, équitable et accessible à toutes et tous.
L’Organisation internationale du travail : l’essentiel à savoir
L’Organisation internationale du travail est une agence spécialisée des Nations unies dont la mission est de garantir à chaque personne un travail exercé dans des conditions de liberté, d’équité, de sécurité et de dignité.
Elle œuvre également en faveur de la justice sociale à travers un modèle unique dit « tripartite », qui réunit autour de la même table les gouvernements, les employeurs et les travailleurs. Ensemble, ils définissent des normes du travail, élaborent des politiques et mettent en place des programmes visant à faire du travail décent une réalité partout dans le monde. Cette approche permet d’ancrer les solutions portées par l’OIT dans le réel, de les rendre durables et de s’assurer qu’elles sont soutenues par celles et ceux qui façonnent concrètement le monde du travail.
Au cours des deux dernières décennies, l’OIT a joué un rôle clé dans certaines des réformes du travail les plus marquantes. Elle a notamment contribué à l’éradication du travail forcé en Ouzbékistan et soutenu la création de l’Accord sur la sécurité des bâtiments et la prévention des incendies au Bangladesh, mis en place après la tragédie du Rana Plaza. Dans ces deux cas, son système de supervision et son expertise technique ont fait la différence.
Maintenant que les bases de son action sont posées, voici six raisons pour lesquelles le monde a plus que jamais besoin de l’Organisation internationale du travail.
1. Formation et accompagnement des entrepreneurs, des petits exploitants agricoles et des petites entreprises
Grâce à des programmes de formation et de financement, l’OIT veille à ce que les entrepreneurs, les petits exploitants agricoles et les petites entreprises disposent des outils nécessaires pour réussir, tout en créant des environnements de travail productifs et équitables. Récemment, environ 2,8 millions d’entrepreneurs émergents ou déjà établis ont bénéficié du programme de formation Start and Improve Your Business (SIYB), qui propose des modules adaptés aux différentes étapes du développement d’une entreprise, de sa création à son expansion. Ce programme a également permis à 1,6 million de personnes issues de ménages à faibles revenus, de petites exploitations agricoles et de micro et petites entreprises d’accéder à des services financiers, renforçant ainsi leurs capacités entrepreneuriales et la performance globale de leurs activités.
2. Réduction du travail des enfants à l’échelle mondiale
Les enfants ont droit à une enfance fondée sur l’éducation et la protection sociale. Ils ne devraient pas être exposés au monde du travail ni à des conditions dangereuses. Depuis l’an 2000, l’OIT a joué un rôle majeur dans la réduction du travail des enfants, contribuant à faire passer le nombre d’enfants concernés de 246 millions à 138 millions en 2024.
L’une des initiatives clés de l’OIT, le projet ACCEL (Accélérer l’action pour l’élimination du travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement en Afrique), a permis de mettre en place des systèmes efficaces pour éliminer le travail des enfants dans des pays comme le Mali, le Nigeria, le Ghana, le Malawi et la Côte d’Ivoire.
L’OIT collabore également avec les gouvernements, les organisations d’employeurs et de travailleurs, la société civile et des partenaires internationaux pour s’attaquer aux causes profondes du travail des enfants, en renforçant la protection sociale, les systèmes éducatifs et les opportunités de travail décent pour les adultes et les jeunes.
3. Accompagnement de la transition du travail informel vers l’emploi formel
Plus de la moitié de la main-d’œuvre mondiale travaille dans l’économie informelle, souvent associée à des conditions de travail précaires et à l’absence de droits.
Pour répondre à ces défis, l’OIT a adopté en 2015 la Recommandation n°204 sur la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle. Ce texte sert de feuille de route pour aider les travailleurs à intégrer l’économie formelle, en s’appuyant sur 12 principes clés visant à protéger les droits, garantir une protection sociale et créer des emplois décents.
En Asie, de nombreuses initiatives innovantes ont été mises en œuvre dans le respect de cette recommandation, notamment en renforçant la représentation des travailleurs, en améliorant la productivité et en développant des programmes sectoriels ciblés. Grâce à ces efforts, le taux d’informalité dans la région a diminué de 7 % au cours des deux dernières décennies.
4. Garantir des environnements de travail sûrs et exempts d’exploitation
L’OIT considère un environnement de travail sûr comme un droit humain fondamental. En tant qu’organisme chargé d’établir et de surveiller les normes internationales du travail, elle définit les règles de base qui encadrent le fonctionnement de l’économie mondiale pour les travailleurs. Ces normes empêchent les pays de tirer un avantage économique en violant des droits fondamentaux tels que la sécurité au travail ou l’interdiction du travail forcé et du travail des enfants.
5. S’adapter aux transformations technologiques et démographiques
Les avancées technologiques et les évolutions démographiques transforment profondément l’avenir du travail. L’intelligence artificielle générative s’intègre de plus en plus aux environnements professionnels, tandis que de nombreux pays voient arriver sur le marché du travail des générations de jeunes toujours plus nombreuses.
Face à ces mutations, la Commission mondiale sur l’avenir du travail de l’OIT a formulé des recommandations clés, parmi lesquelles :
- promouvoir l’apprentissage tout au long de la vie et le développement des compétences ;
- garantir une protection sociale universelle de la naissance à la vieillesse ;
- renforcer les investissements dans les institutions et les politiques d’accompagnement des transitions professionnelles ;
- adopter une approche de l’intelligence artificielle (IA) centrée sur l’humain, où les décisions finales restent entre des mains humaines.
6. Améliorer l’emploi des jeunes
Malgré des progrès récents, 65 millions de jeunes restent sans emploi à travers le monde. Le Fonds Youth-to-Youth de l’OIT est un programme de subventions compétitives qui soutient des organisations dirigées par des jeunes, en leur apportant financements, renforcement des capacités et assistance technique directe pour développer des projets innovants en faveur de l’entrepreneuriat et de l’emploi des jeunes.
Le fonds, en collaboration avec la Fondation Edukans, a accordé un financement à 10 organisations dirigées par des jeunes en Éthiopie. Sélectionnées à l’issue d’un processus compétitif, elles mettent en œuvre des programmes entrepreneuriaux innovants visant à créer des emplois décents pour les jeunes.
- Grâce au Youth-to-Youth Fund, ces organisations déploient des projets d’entrepreneuriat qui accompagnent plus de 1 000 jeunes dans le lancement et le développement de leur entreprise.
Conclusion
L’importance de l’accès à des emplois décents ne peut être surestimée. Il permet aux personnes de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille, de vivre dans la dignité et de soutenir la croissance des économies à l’échelle mondiale. Pourtant, dans un monde en mutation rapide, il apparaît de plus en plus clairement que ces droits fondamentaux du travail ne sont pas garantis pour tous.
L’Organisation internationale du travail joue un rôle central dans la promotion de la justice sociale, des droits du travail et du travail décent à l’échelle mondiale. Son approche singulière, ses résultats concrets et son engagement en faveur d’un monde du travail plus juste et plus équitable en font une ressource essentielle à l’échelle internationale.