Tandis que nous entrons aujourd'hui dans la seconde moitié de l'année 2021, le Canada se relève juste à temps pour l'été. Le nombre de cas de personnes atteintes par la COVID-19 diminue fortement, les provinces reprennent progressivement leurs activités et les Canadiens sont optimistes, à l'heure ou le pays s'apprête à recevoir sa 50 millionième dose de vaccins contre la COVID pour une population de 37,5 millions d'habitants.

Si seulement il en était ainsi dans les autres pays du monde. Gardez cela à l'esprit. 

Après un début laborieux de campagne de vaccination lors des deuxième et troisième vagues du virus, le Canada vaccine désormais sa population à l'un des rythmes les plus soutenus de la planète. Depuis un mois et demi, il figure régulièrement parmi les deux premiers pays du G20 en termes de doses quotidiennes administrées par habitant. 

Depuis le début du mois de juin, le Canada enregistre le pourcentage le plus élevé de la population du G20 ayant reçu au moins une dose. Il dépasse même Israël, qui a été rapide à obtenir des doses et à accélérer la campagne de vaccination très tôt. De plus, on compte à ce jour 29 % de personnes entièrement vaccinées au Canada, un chiffre qui augmente rapidement (à titre de comparaison, les États-Unis en sont à 46 %). 

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Les chiffres parlent d'eux mêmes. Avec les mesures de santé publique, la vaccination a contribué à faire chuter les cas de contamination de la COVID-19 de plus de 90 %, depuis le pic de la troisième vague, au Canada, à la mi-avril. 

D'ici la fin du mois de juillet, le Canada aura reçu 68 millions de doses, ce qui permettra à plus de 90 % des Canadiens d'être entièrement vaccinés. Il ne s'agit pas seulement d'adultes ou de personnes de plus de 12 ans, mais de plus de 90 % de la population totale. 

Il est donc tout à fait plausible que, dans les semaines à venir, le Canada se hisse au premier rang mondial en matière de couverture vaccinale. Il est même probable que le Canada reçoive plus de doses que nécessaire, au cours de cette période, pour mener à bien sa campagne de vaccination. En effet, la demande canadienne de vaccins se situe entre 82 % et 88 %, et le pays disposera d’assez de doses pour vacciner les enfants de moins de 12 ans lorsqu'ils seront admissibles (peut-être plus tard cet automne).

Plus encore, d'ici la fin du mois de septembre, le Canada recevra 95 millions de doses de vaccin à ARNm (Pfizer et Moderna). 

Cela soulève une question fondamentale : de combien de doses de vaccin les Canadiens ont-ils besoin ? 

En admettant que l'on vaccine entièrement les 37,5 millions de Canadiens, cela ne nécessiterait que 75 millions de doses. Par ailleurs, le Canada a commandé 35 millions de rappels Pfizer pour l'année prochaine, et davantage pour l'année suivante. Le Canada est, en outre, tenu de recevoir cette année, en fonction de la production, plus de 20 millions de doses AstraZeneca, 10 millions de doses Johnson & Johnson (J&J) et 52 millions de doses Novavax. 

Le Canada ne pourrait-il donc pas en faire don aux pays les plus pauvres qui en ont désespérément besoin ? 

Tandis que le taux de vaccination du Canada connaît une hausse fulgurante, moins de 1 % des personnes vivant dans  les pays à faible revenu ont reçu une dose. En outre, seulement 1,1 % du continent africain, qui compte 1,3 milliard de personnes, est entièrement vacciné. 

Nous sommes témoins de cette injustice vaccinale à l'heure où l'Afrique subsaharienne est en passe de connaître une troisième vague potentiellement destructrice. Selon le Wall Street Journal, les pays en développement d'Amérique du Sud, d'Asie et d'Afrique enregistrent désormais plus de 80 % des cas quotidiens de contamination à la COVID-19 et les trois quarts des décès quotidiens. Pour éviter la prochaine catastrophe comme celle que traverse l'Inde, et l'émergence du prochain variant mortel comme celui de Delta, il est impératif que les pays comme le Canada fassent des dons de vaccins maintenant, avant que les nouvelles vagues ne nous frappent de plein fouet. 

Le Canada fait référence à ses contributions financières au dispositif COVAX pour illustrer son engagement en faveur d'un accès équitable aux vaccins dans le monde. Je ne minimise pas l'importance de ces contributions : Global Citizen a mené une campagne dynamique en leur faveur et a applaudi le fait que le Canada soit devenu l'un des premiers partisans de cette initiative. 

Toutefois, le mécanisme COVAX est confronté à une pénurie aiguë d'approvisionnement en vaccins à cause de l'interruption des exportations de l'Inde, son principal fournisseur, et du fait que les pays riches comme le Canada ont souvent pré-commandé la majeure partie des stocks directement auprès des fabricants l'année dernière. 

Selon les prévisions initiales, COVAX est confrontée à un déficit de 275 millions de doses ce mois-ci devra faire face à un déficit de 555 millions de doses en septembre et de 735 millions en novembre. COVAX ne peut tout simplement pas acheter ni recevoir assez de vaccins assez vite avec les fonds et les accords qu'il a avec les fournisseurs.

À moins que les sociétés pharmaceutiques ne répondent à l'appel du docteur Tedros, le Directeur général de l'OMS, et ne redistribuent 50 % de leur production de vaccins à COVAX cette année, la seule façon de combler ces lacunes est que les pays riches et fortunés comme le Canada partagent les doses excédentaires maintenant, et pas après. 

Il y a quelques semaines, lors du sommet du G7, le Canada s'est engagé à partager 13 millions de doses. Cependant, cette somme provient d'une autre source non comptabilisée : les stocks que le Canada avait commandés à COVAX dans le cadre de son mécanisme d'autofinancement. Grâce à l'engagement du Canada, les doses qu'il aurait reçues de COVAX peuvent être redistribuées à d'autres pays dans le besoin. 

Or, en raison des contraintes d'approvisionnement de COVAX, seuls 650 000 doses de vaccin AstraZeneca sont des doses réelles que COVAX a en main pour les distribuer dès à présent à d'autres pays. Près de 3,45 millions de doses de vaccin AstraZeneca supplémentaires pourraient être disponibles pour être redistribuées plus tard cet été ou à l'automne, en fonction de la production. Nous ne savons pas ce qu'il en est des quelque 9 millions de doses restantes de J&J et de Novavax (qui a affiché des résultats prometteurs mais dont l'utilisation n'est pas approuvée).

C'est une bonne chose que le Canada ait commencé à partager des doses, mais il est évident qu'il peut et doit faire beaucoup plus. En annonçant un don de 13 millions de doses lors du G7, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a laissé entendre que d'autres doses seraient livrées. La question est de savoir combien de doses, de quel vaccin et quand.

Voici ce dont le monde a besoin que le Canada fasse de ses 100 millions de doses de vaccin  :

1. Commencez par du concret. Engagez-vous à partager avec COVAX au moins 20 millions de doses de vaccin ARNm excédentaires que le Canada recevra d'ici la fin septembre, dès qu'elles seront disponibles, dose par dose, à partir de juillet. 

Les enfants de moins de 12 ans n'étant pas encore admissibles, le Canada pourrait même commencer à partager des vaccins avant de franchir le cap des 75 millions de doses et combler la différence plus tard. Après tout, une dose partagée maintenant vaut beaucoup plus qu'une dose partagée plus tard. 

Le Canada pourrait alors faire part de cet engagement au Royaume-Uni, qui a accueilli le G7 cette année et qui figure lui-même parmi les pays les plus performants en matière de vaccination à domicile, et lui dire : « Vous ne vous êtes engagés à partager que cinq millions de doses d'ici la fin du mois de septembre. Nous allons quadrupler ce chiffre. Vous devriez vous engager plus, plus rapidement, et convoquer à nouveau le G7 afin de revoir à la hausse l'ambition collective de partage des doses. »

Tout engagement n'incluant pas les vaccins à ARNm sera insuffisant et soulève d'autres questions sur les raisons pour lesquelles le Canada stocke ses excédents tandis que les pays les plus pauvres sont dans l'attente.

2. S'engager à partager les vaccins excédentaires d'AstraZeneca, de J&J et de Novavax avec COVAX dès qu'ils seront disponibles, une dose à la fois, et faire preuve de transparence quant aux délais, en fonction de la production et de l'approbation de Novavax par l'OMS. 

Cela implique de partager plus de 82 millions de doses excédentaires. Il est compréhensible que des délais concrets ne puissent pas encore être communiqués étant donné l'incertitude qui règne quant à la production de ces vaccins. Engagez-vous, toutefois, à les partager dès qu'elles seront disponibles et soyez transparents sur ce que nous savons, quand nous le savons.

3. Veiller à ce que toutes les doses ne soient pas réservées afin que COVAX puisse les distribuer équitablement et financer les frais annexes d'expédition et de logistique pour que toutes les doses arrivent à bon port sans puiser dans les ressources de COVAX. 

Au total, cela représenterait plus de 100 millions de doses partagées avec COVAX, soit assez pour vacciner entierement pres de 56 millions de personnes dans les pays les plus pauvres. Les vaccins à ARNm homologués suffiraient, à eux seuls, à vacciner plus de 75 % des travailleurs de la santé en Afrique. Et là encore, il resterait suffisamment de doses pour que chaque Canadien soit entièrement vacciné et ait accès à 35 millions de rappels Pfizer l'année prochaine.

Les Canadiens, dont je fais partie, attendent désespérément, et cela se comprend, la fin des confinements et un retour à la  normale. Mais même si le Canada est en voie d'y parvenir, cela ne signifie pas que la pandémie est surmontée. Si le virus continue de se propager dans d'autres pays vulnérables, il pourrait donner naissance à de nouveaux variants résistants aux vaccins qui nous ramèneraient tous à la case départ, tout en paralysant davantage l'économie mondiale et en nous empêchant de voyager en toute sécurité. 

Il appartient au gouvernement canadien de communiquer cette réalité aux Canadiens et aux Canadiennes et il n'a pas à avoir honte de partager toutes les doses de vaccin excédentaires pour aider à mettre fin à la COVID-19 partout dans le monde.

Advocacy

Lutter contre la pauvreté

L'engagement du Canada à partager les vaccins dont le monde a besoin

Par Jonah Kanter