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Éducation

Une chercheuse sénégalaise lance un site web pour valoriser les Africains travaillant dans les STIM

Par Nellie Peyton

(Fondation Thomson Reuters) — Ayant grandi dans une ville commerçante du Sénégal, Adji Bousso Dieng aimait l'école et avait un talent particulier pour les mathématiques. Malheureusement, elle n'avait aucune idée de la voie qu'elle devait suivre, faute de modèles de réussite professionnelle.

Une vingtaine d'années plus tard, Mme Dieng, chercheuse en intelligence artificielle chez Google, veut donner aux jeunes Africains les exemples inspirants qui lui ont manqué.

« Je n'avais pas de modèle de carrière vers lequel me tourner pour dire “oh j'aspire à devenir ceci” », a déclaré Mme Dieng, qui a récemment obtenu un doctorat en statistiques et qui sera l'année prochaine la première femme noire membre du corps enseignant de l'école d'ingénierie et de sciences appliquées de l'université de Princeton.

« Ce n'était pas évident de rester à l'école, dans un contexte où, au Sénégal, on est censé se marier », dit-elle.

Ce mois-ci, Mme Dieng a lancé un site web intitulé « The Africa I Know », qui présente des profils de professionnels africains ayant réussi dans des domaines tels que la science, la technologie et l'ingénierie.

S'exprimant par téléphone depuis son domicile à New York, Mme Dieng a indiqué que sa mère lui avait appris à privilégier l'éducation. L'entreprise familiale vendait du tissu, et aucun de ses parents n'a terminé ses études.

« Mon père était polygame, et il avait donc trois femmes, ce qui est très courant au Sénégal, a déclaré Mme Dieng à la Fondation Thomson Reuters. Ma mère était la seule à envoyer ses enfants à l'école. »

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Mme Dieng a fréquenté l'école publique de Kaolack, une grande ville de la région productrice d'arachides du Sénégal, où les écoles suivent un programme scolaire français hérité du régime colonial.

L'informatique, que Mme Dieng enseignera à Princeton, n'était pas un domaine qu'elle connaissait à l'adolescence.

Son école disposait d'une salle avec de vieux ordinateurs, et les instructions des professeurs se résumaient à la consigne « tapez cette phrase » dans Microsoft Word.

La qualité de l'enseignement dans les autres matières était cependant élevée, a-t-elle précisé.

À la fin du lycée, elle a été choisie pour représenter le Sénégal dans un camp d'excellence pour l'éducation des filles au Burkina Faso, dans le cadre d'un programme fondé par l'astrophysicien malien et ancien Premier ministre Cheick Modibo Diarra.

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Elle a ensuite obtenu une bourse pour suivre des études en ingénierie en France.

« C'était vraiment passionnant, a déclaré Mme Dieng. Je suis partie de Kaolack pour Paris. » 

Elle rêvait cependant depuis toujours de s'installer aux États-Unis et, après avoir appris l'anglais, elle a poursuivi ses études supérieures dans les meilleures universités américaines : à Cornell d'abord, puis à l'université Columbia à New York.

L'idée de « The Africa I Know » a pris forme durant la pandémie de COVID-19, a déclaré Mme Dieng.

« Tout le monde s'est dit : “Ce sera très difficile en Afrique”. Je me suis retrouvée à sensibiliser les gens et à répéter que ce n'était pas le cas, que nous nous en sortions bien, que les Africains étaient capables, a-t-elle déclaré. Il y a cette idée que les Africains ont besoin d'aide. Les gens ne perçoivent pas la même chose que moi. »

Le site web, lancé le 1er septembre, est divisé en trois sections : inspirer, informer et instruire.

Outre les profils inspirants d'Africains travaillant dans le domaine des STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques), le site comprend des exemples instructifs d'Africains utilisant la technologie pour résoudre divers problèmes.

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La troisième section est consacrée à la mise en évidence des aspects positifs de l'histoire africaine qui sont souvent négligés.

« Je me suis inspirée de ce que j'aurais voulu voir quand j'étais jeune », a déclaré Mme Dieng.

En établissant de nouveaux précédents à Princeton, elle sera également la première femme noire à enseigner au département d'informatique. Mme Dieng espère également encourager les Noirs américains et les étudiants racisés de toutes origines dans ce domaine.

« Je n'ai jamais eu de professeur noir depuis que j'ai quitté le Sénégal, alors je comprends vraiment ce qu'ils ressentent, a-t-elle déclaré. Je veillerai à accueillir des étudiants de [tous horizons], pour qu'ils aient une représentation. »