Sur une pĂ©riode de trois mois de confinement en raison de la COVID-19, 152 000 adolescentes kenyanes sont tombĂ©es enceintes, soit une augmentation de 40 % de la moyenne mensuelle du pays. Ces chiffres, datant de dĂ©but juillet, sont parmi les premiers Ă©lĂ©ments de preuve Ă©tablissant un lien entre la pandĂ©mie de COVID-19 et les grossesses non dĂ©sirĂ©es.Â
Les responsables de la santé publique et les défenseurs des droits des femmes craignent que la pandémie actuelle ne retarde une réponse adéquate à une crise de santé sexuelle et reproductive toujours plus grave.
Selon une enquĂŞte menĂ©e par le Kenya Health Information System, 3 964 filles de moins de 19 ans attendaient un enfant rien que dans le comtĂ© de Machakos.Â
De nouvelles donnĂ©es du ComitĂ© international de secours rĂ©vèlent Ă©galement que les filles vivant dans les camps de rĂ©fugiĂ©s ont Ă©tĂ© particulièrement touchĂ©es.Â
Alors que seuls huit cas de grossesse chez les adolescentes ont été signalés en juin 2019 dans le camp de réfugiés de Kakuma, dans le nord-ouest du pays, 62 grossesses ont été enregistrées en juin 2020. Dans le camp de réfugiés de Dadaab, le nombre de grossesses d'adolescentes signalées a augmenté de 28 % entre avril et juin, par rapport à la même période l'année dernière.
Lorsque le Kenya a introduit des mesures préventives strictes pour tenter de contenir la propagation du coronavirus en avril — notamment en limitant les déplacements et en fermant les écoles — l'accès aux services de santé sexuelle et reproductive est devenu beaucoup plus difficile.
Lors d'une confĂ©rence de presse en ligne, le Dr Manisha Kumar, responsable du groupe de travail de MĂ©decins Sans Frontières (MSF) sur les avortements mĂ©dicalisĂ©s, a rĂ©cemment expliquĂ© comment la pandĂ©mie affectait la santĂ© sexuelle et reproductive.Â
« Pendant la pandémie, beaucoup de ressources ont été soustraites à un grand nombre de services et de soins de routine, et ces services ont été réorientés vers la lutte contre le coronavirus », a déclaré le Dr Kumar.
Les hĂ´pitaux et les Ă©tablissements de soins de santĂ© se concentrant principalement sur la menace posĂ©e par la COVID-19, il n'y a souvent pas assez de ressources ou de personnel pour continuer Ă offrir des soins de santĂ© reproductive.Â
« Ce genre d'approche a pour effet collatéral de provoquer une augmentation de la mortalité maternelle et infantile, due à des causes évitables, lorsque nous mettons fin à ces services de routine », a-t-elle ajouté.
En avril, le Fonds des Nations Unies pour la population a averti que les perturbations liées au confinement pourraient priver 47 millions de femmes dans les pays à faible et moyen revenu de contraceptifs modernes, ce qui entraînerait 7 millions de grossesses non désirées supplémentaires.
D'après l'Organisation mondiale de la santé, les complications survenant pendant la grossesse et l'accouchement sont la principale cause de décès des jeunes filles et des femmes de 15 à 19 ans dans le monde, et 99 % de ces décès surviennent dans les pays à faible et moyen revenu.
Les adolescentes qui donnent naissance sont souvent confrontées à des taux de pauvreté et de violence domestique plus élevés plus tard dans leur vie, en raison de normes culturelles misogynes et de dispositifs de sécurité sociale défaillants. La pandémie de COVID-19 est une période particulièrement dangereuse pour les grossesses d'adolescentes en raison d'une crise économique, alimentaire et sanitaire qui s'aggrave dans le monde entier.
« Le fait que tant d'adolescentes soient tombées enceintes pendant le confinement est alarmant, et cela peut avoir des conséquences sur toute leur vie », a déclaré Kate Maina-Vorley, directrice nationale chez Plan International Kenya, dans un communiqué.
Plan International appelle dĂ©sormais les gouvernements du monde entier Ă intĂ©grer le planning de santĂ© sexuelle dans les programmes de rĂ©ponse Ă la COVID-19.Â
L'organisation réfléchit également à de nouveaux moyens de proposer une éducation à la santé sexuelle et reproductive en ligne par le biais des réseaux sociaux et des plates-formes de télésanté, malgré la pandémie.