Pourquoi les Global Citizens doivent-ils s'en préoccuper ? 
Un accès équitable aux vaccins est l'unique moyen d'éradiquer la COVID-19. Il est primordial que les pays les plus riches se mobilisent pour partager équitablement les doses de vaccin avec les pays à faible et moyen revenu grâce au mécanisme pour un accès mondial aux vaccins contre la COVID-19 (COVAX). Global Citizen a lancé la campagne Recovery Plan for the World afin  d'exhorter les dirigeants mondiaux, les entreprises et les philanthropes à passer à l'action pour éradiquer la COVID-19 et, ainsi, atteindre l'Objectif mondial n°3 de garantir à tous une vie saine. Signez la pétition ici pour les inciter à garantir un accès équitable aux vaccins, aux tests et aux traitements.

Pour la première fois depuis plus d'un an, Selma, 47 ans, va pouvoir serrer sa mère contre elle, alors qu’elle ne vit qu’à 10 minutes en voiture de chez elle, dans la station balnéaire de Dar Bouazza, aux abords de Casablanca. 

Il y a une semaine, la jeune femme a reçu un message texte des autorités marocaines lui communiquant la date et le lieu où elle devait recevoir sa première dose de vaccin AstraZeneca.

« Je me sens privilégiée car on m'a appelé pour me faire vacciner alors que j'ai des amis plus âgés, de la famille qui n'a pas encore été contacté, » confie-t-elle à Global Citizen, tandis qu’elle se fraye un chemin dans la capitale économique pour se rendre au centre médical El Amal. Là, le gouvernement marocain a transformé une école en centre de vaccination.

« J'appréhende les effets secondaires mais je suis contente de le faire car nous serons tous obligés de le faire, ne serait-ce que pour voyager, » explique-t-elle.

Sur le parking, une quarantaine de personnes patientent avant de recevoir leur première dose de vaccin contre la COVID-19, sous une tente traditionnelle érigée pour l'occasion.

Près de 400 personnes se font vacciner chaque jour dans ce centre, depuis que le Maroc a démarré sa campagne de vaccination massive le 28 janvier, explique Hajar, une infirmière qui y travaille.

FR Morocco CovidLe Maroc, un pays à faible revenu, est déjà à court de doses après avoir reçu un premier lot de 300 000 doses de vaccin contre la COVID-19 dans le cadre du mécanisme COVAX le 8 avril.
Image: Kamilia Lahrichi

Problèmes d'approvisionnement en vaccins

Plus rares sont les Marocains qui ont autant de chance que Selma. 

La campagne de vaccination de ce pays d’Afrique du Nord s’essouffle après qu’il ait reçu, le 8 avril, un premier contingent de 300 000 doses de vaccin contre la COVID-19, dans le cadre du mécanisme COVAX. 

L'Organisation mondiale de la santé (OMS), en collaboration avec Gavi, l’Alliance du vaccin et d'autres organisations, a mis en place ce dispositif de partage de vaccins afin de fournir 1,3 milliard de doses aux pays les plus pauvres d’ici la fin de l’année. 

Malgré une « politique proactive d'approvisionnement en vaccins, » le Maroc « semble avoir épuisé presque toutes les doses disponibles, » souligne Karim Laraki, spécialiste de la géopolitique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, qui a travaillé pour la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique.

« Il y a très peu d'informations sur les commandes à venir, » explique t-il à Global Citizen.

Tandis que la campagne de vaccination du Maroc a été couronnée de succès, le pays est, aujourd'hui, confronté à un épuisement des stocks de vaccins, attribuable à la suspension des exportations de vaccins d'Inde.

Fin mars, le Serum Institute of India (SII), le plus grand fabricant de vaccins au monde, a temporairement interrompu les exportations du vaccin AstraZeneca en raison de la flambée des cas de COVID-19 dans le pays, qui connaît un record mondial de contaminations. L'Inde produit plus de 60% de tous les vaccins vendus sur la planète.

Pour diversifier ses sources d'approvisionnement, le Maroc a attribué des autorisations d’urgence à Astrazeneca-Inde, Astrazeneca-Corée du Sud, Sinopharm et Sputnik V.

« Avec ces quatre vaccins, le Maroc a assuré une diversité d’approvisionnement qui permettra de faire venir le maximum de doses, » a déclaré Azeddine Ibrahimi, le directeur du laboratoire de biotechnologie de la faculté de médecine et de pharmacie de la capitale Rabat

« [I]l est de notre responsabilité collective de garder ce pas d’avance, afin de consolider les acquis et entamer la deuxième étape qui consiste à atteindre l'immunité collective, » a-t-il ajouté.

Face à l'épuisement des réserves mondiales, la monopolisation des doses de vaccin par les pays les plus riches compromet les efforts du Maroc pour atteindre l'immunité collective.

Le Maroc a commandé 65 millions de vaccins AstraZeneca et Sinopharm et, pourtant, il n'a reçu à ce jour que 8,5 millions de doses de vaccin.

« Un déséquilibre choquant subsiste dans la répartition mondiale des vaccins, » s’est insurgé Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l'OMS lors d’un point presse le 9 avril.

Les nations les plus pauvres n'ont reçu que 0,2 % des 700 millions de doses de vaccin contre la COVID-19, a-t-il précisé. En revanche, les pays riches ont bénéficié de 87 % du stock mondial de vaccins.

Champion africain de la vaccination 

Assise devant la salle de vaccination, tandis que les infirmières sont à l’affût de symptômes d’effets secondaires, Selma reconnaît la chance qui est la sienne.

« Je trouve ça injuste [que les pays riches s'accaparent les doses de vaccin], c'est le sentiment que les plus pauvres doivent ressentir, » dit-elle à Global Citizen. 

« Nous sommes, aujourd'hui, face à une pandémie : il n'y a pas de pays riches ni de pays pauvres. Nous avons tous le droit d'être vaccinés. »

Bien qu'il s'agisse d'une économie à faible revenu, le Maroc a vacciné plus de personnes que les moyennes mondiale et européenne – avec 23 doses pour 100 personnes le 16 avril, selon la base de données Our World in Data.

Le Maroc a administré le plus grand nombre de doses en Afrique, rapporte l’agence de presse américaine AP. Jusqu'à présent, près de 12 % de la population a reçu deux doses de vaccin, soit deux fois plus qu'en France.

Le vaccin est désormais administré à l'ensemble de la population après que les groupes prioritaires, notamment le personnel de santé, les personnes souffrant de maladies chroniques et les personnes âgées, aient reçu leurs deux doses.

Le Royaume chérifien vise à atteindre l'immunité collective d'ici l'été – si toutefois le pays reçoit davantage de doses de vaccin à travers COVAX.

Dans un pays comme le Maroc, où les services de santé et le niveau de développement humain sont très faibles – classé 121e sur 189 pays, les Marocains sont fiers de l'efficacité de la campagne de vaccination contre la COVID-19.

« Ça fait chaud au cœur : on est habitué à être les derniers de la classe, » admet Selma. « Pourvu que ça dure. »

FR Morocco COVID 2« Nous sommes, aujourd'hui, face à une pandémie : il n'y a pas de pays riches ni de pays pauvres. Nous avons tous le droit d'être vaccinés, » souligne Selma, 47 ans, originaire de Safi au Maroc.
Image: Kamilia Lahrichi

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Par Kamilia Lahrichi