« Câest une cĂ©lĂ©bration, pas une manifestationâ»
Câest ce que jâai dit aux gens quand je leur ai demandĂ© de se joindre Ă ma manifestation.
CâĂ©tait une manifestation dans tous les sens du terme : il y avait un mĂ©gaphone, des mĂ©dias et des panneaux dâaffichage - beaucoup de panneaux dâaffichage. Mais je savais que personne ne voudrait venir Ă un rassemblement ou Ă une manifestation, du moins je ne le pensais pas.
Il y a environ dix ans, jâai commencĂ© Ă mâintĂ©resser Ă la politique, en particulier aux questions de protection des jeunes LGTBQ+. Je nâĂ©tais pas spĂ©cialement politisĂ©e, mĂȘme si jâai toujours votĂ© et que je connaissais gĂ©nĂ©ralement les candidats et les enjeux. Mais je ne pense pas que je mâen prĂ©occupais beaucoup plus que cela. Ce nâest que lorsque le gouvernement de lâAlberta a tentĂ© de faire adopter une loi qui aurait quasiment interdit les clubs de l'Alliance Gay-HĂ©tĂ©ro (AGH) dans la province que jâai commencĂ© Ă mâintĂ©resser rĂ©ellement Ă la vie politique. Le projet de loi 10 se rĂ©sumait Ă accorder aux Ă©tudiants le droit dâavoir une AGH, mais lâĂ©cole avait Ă©galement le droit de dire que ce club devait avoir lieu en dehors de lâenceinte de lâĂ©cole.
Câest ce sujet qui mâa poussĂ© Ă commencer Ă utiliser mes rĂ©seaux sociaux comme un outil pour vecteur de changement politique. Jâai probablement commencĂ© comme tout le monde, par quelque chose comme «âJe dĂ©teste faire de la politique ici, mais...â» ; une phrase que je nâenvisagerais mĂȘme pas de taper aujourdâhui.Â
Jâai commencĂ© Ă tweeter au sujet de ce projet de loi et de la nĂ©cessitĂ© de tout faire pour protĂ©ger les jeunes LGTBQ+ de lâAlberta, et jâai fini par dire : «âSi quelquâun organise un rassemblement demain, jây serai. » Et quelquâun a rĂ©pondu : «âPourquoi tu ne lâorganises pas ?â»
Et le reste - comme on dit - appartient Ă lâhistoire. Je nâavais aucune idĂ©e que lâorganisation dâun rassemblement, de la dĂ©fense dâune cause ou dâune «âcĂ©lĂ©brationâ» dĂ©clencherait quelque chose en moi. Quelque chose qui me pousse Ă toujours soutenir les opprimĂ©s, Ă toujours parler pour ceux qui ne le peuvent pas et cela grĂące aux mĂ©dias sociaux. Je savais que je pouvais le faire Ă ma maniĂšre.
Je suis lâune de ces personnes pour lesquelles, je pense, les mĂ©dias sociaux ont Ă©tĂ© créés. Je sais gĂ©nĂ©ralement comment faire passer mon message en 240 caractĂšres et jâaime la culture pop parce que, si elle est utilisĂ©e correctement, elle peut sâĂ©quilibrer parfaitement avec la politique dâune maniĂšre que les gens peuvent facilement comprendre.
Pour ce projet de loi en particulier, gagner nâĂ©tait mĂȘme pas envisageable. CâĂ©tait un gouvernement majoritaire et cela signifiait quâils pouvaient essentiellement faire ce quâils voulaient. Donc, ils lâont fait. Pour moi, lâorganisation de la manifestation avait pour but dâattirer lâattention du plus grand nombre possible de personnes sur la question et de faire savoir aux jeunes homosexuels qui nous regardaient de chez eux que, malgrĂ© les actions du gouvernement, les Albertains allaient toujours les protĂ©ger.
Je nâavais pas dâargent ni mĂȘme beaucoup dâinfluence, mais jâavais les emails des mĂ©dias et une assez bonne connexion WiFi. La premiĂšre chose que jâai faite, câest de crĂ©er une image qui puisse ĂȘtre partagĂ©e, une image qui contienne toutes les informations, mais qui soit quand mĂȘme jolie. Je voulais quâelle soit facile pour les gens Ă partager. Moins il y a dâĂ©tapes Ă franchir pour aider, mieux câest. La deuxiĂšme chose, câest que je suis allĂ© chercher sur Google «âCĂ©lĂ©britĂ©s homosexuelles canadiennesâ». Une liste impressionnante de cĂ©lĂ©britĂ©s homosexuelles canadiennes est sortie et jâai commencĂ© Ă leur envoyer des messages par tous les moyens possibles.
Entre le moment oĂč jâai eu lâidĂ©e du rassemblement et celui oĂč le gouvernement allait adopter le projet de loi, je disposais dâenviron 12 heures pour attirer le plus dâattention possible sur la question. Nous avons couru jusquâĂ un Walmart ouvert 24 heures sur 24 et avons achetĂ© autant de panneaux dâaffichage que possible. Puis jâai fait tout un tas de pancartes, pas seulement pour moi, mais un pour tous ceux qui pourraient venir, sans mĂȘme savoir si quelquâun allait venir.
Heureusement, jâavais la dynamique de mon cĂŽtĂ©. Pendant toute la nuit, jâai reçu de plus en plus de messages de personnes dĂ©sireuses dâaider, de cĂ©lĂ©britĂ©s et de mĂ©dias. Ils savaient que ce serait une histoire intĂ©ressante, alors je leur ai rĂ©pondu aussi vite que possible.
Lorsque la manifestation - pardon, la cĂ©lĂ©bration - a eu lieu, plus de 100 personnes Ă©taient prĂ©sentes en cette froide journĂ©e de dĂ©cembre. Le rassemblement avait Ă©tĂ© programmĂ© pendant la pause dĂ©jeuner, afin que le plus grand nombre possible de personnes puissent y assister. Nous lâavons organisĂ© juste devant le bureau du gouvernement, et des personnes de tous les partis politiques et de tous les mĂ©dias Ă©taient prĂ©sentes. Â
Tout sâest passĂ© si vite que je nâai pas pu le croire lorsque, quelques heures plus tard, le gouvernement a annoncĂ© quâil avait reportĂ© le projet de loi et quâil Ă©tudierait les remarques formulĂ©es. Quelques mois plus tard, ils sont revenus avec un nouveau projet de loi 10, faisant de cette loi lâune des plus progressistes du pays en matiĂšre de GSA. Une victoire si importante, tout cela grĂące Ă quelques tweets et Ă la dĂ©termination.
Nous avons remportĂ© cette victoire inattendue et ce sentiment mâa donnĂ© envie de recommencer. Mais je me souviens encore de quelquâun qui mâa dit ce jour-lĂ : «âOn ne gagne pas toujoursâ», et câest vrai, parfois on ne gagne pas, mais on a toujours une voix, et les rĂ©seaux sociaux ont donnĂ© une voix Ă tant de gens.
Jâai Ă©galement appris ce jour-lĂ quâil existe de nombreuses façons dâattirer lâattention des mĂ©dias et des politiciens, et ce trĂšs souvent. Vous pouvez le faire dâune maniĂšre qui correspond Ă vos compĂ©tences, quelles quâelles soient.
Quelques annĂ©es plus tard, un film intitulĂ© Love, Simon est sorti. Le fait quâune histoire dâamour entre homosexuels soit enfin projetĂ©e dans les salles de cinĂ©ma a fait grand bruit Ă Hollywood. Ă ce moment-lĂ , des cĂ©lĂ©britĂ©s achetaient des salles de cinĂ©ma pour faire don des billets afin que les personnes qui nâavaient pas nĂ©cessairement les moyens dâacheter un billet puissent quand mĂȘme voir des films comme Love, Simon et Black Panther. Je ne suis pas une cĂ©lĂ©britĂ© et je nâai pas les moyens dâacheter un cinĂ©ma entier, mais je savais que si jâavais la possibilitĂ© dâaider, dâautres personnes se joindraient Ă moi. Jâai donc créé une page de crowdfunding pour annoncer la projection et, en lâespace dâune heure environ, nous avions plus quâassez dâargent pour louer une salle de cinĂ©ma, lâargent supplĂ©mentaire Ă©tant reversĂ© Ă des associations caritatives homosexuelles. CâĂ©tait super simple : quelques clics sur le clavier, et tout Ă coup, le rĂ©alisateur de Love, Simon nous a envoyĂ© un message et a fait un don important. Les mĂ©dias sây sont intĂ©ressĂ©s parce que câĂ©tait, lĂ encore, un bon sujet et nous avons pu parler de questions importantes tout en mangeant du pop-corn et en regardant un bon film.
Calgary: If you're in a GSA, or maybe your kid is, or maybe you're a teacher or principal. Can you please do me a favour and let any and all interested about this free screening of "Love, Simon." đłïžâđđđ https://t.co/RIIHjLnAiBpic.twitter.com/l3CWZm95wZ
â Mike Morrison đłïžâđ đšđŠ (@mikesbloggity) April 2, 2018
Jâai fait quelque chose de similaire lorsque jâai voulu parler de lâimportance du vote. En Alberta, lors des Ă©lections provinciales, vous pouviez voter dans nâimporte quel bureau de vote pendant le vote anticipĂ©. CâĂ©tait un changement Ă©norme et fantastique, car cela signifiait que les amis et la famille pouvaient aller voter ensemble. Quelle excellente façon de sensibiliser votre entourage Ă lâimportance du vote ? Mais je voulais que ce soit amusant, alors jâai créé un produit appelĂ© «âDemocracy Donutsâ». Nous avons encore une fois fait appel au crowdfunding, travaillĂ© avec Elections Alberta pour nous assurer que nous Ă©tions autorisĂ©s Ă rĂ©aliser nos projets, et pendant chaque jour de vote anticipĂ©, nous Ă©tions prĂ©sents dans un bureau de vote diffĂ©rent pour distribuer gratuitement un beignet de qualitĂ© supĂ©rieure provenant de la beignerie locale. Nous avons dit aux gens que pour avoir un donut gratuit, tout ce quâils avaient Ă faire Ă©tait de voter. Une fois de plus, il ne nous a pas fallu longtemps pour collecter suffisamment dâargent pour acheter des centaines de beignets, ce qui a attirĂ© lâattention des mĂ©dias et nous a donnĂ© lâoccasion de parler dâun sujet qui nous tient Ă cĆur : le vote ! Des gens se sont rendus Ă certains bureaux de vote simplement pour avoir leur donut gratuit. Nous avons eu des personnes qui nâavaient jamais entendu parler de nous mais qui Ă©taient ravies dâĂȘtre rĂ©compensĂ©es pour avoir exercĂ© leur droit de vote. Nous avons mĂȘme eu des gens qui ont votĂ© parce quâils voulaient un donut, et non parce quâils savaient quâil y avait une Ă©lection ! Je mâen fichais, on vote, on mange. Câest succulent.
Lors de cette mĂȘme Ă©lection, les questions LGTBQ+ Ă©taient particuliĂšrement importantes, et aprĂšs avoir vu quelque chose de similaire aux Ătats-Unis, certains artistes locaux et moi-mĂȘme avons créé Drag Out the Vote. Avec ce mouvement, nous avons demandĂ© aux drag queen de la ville de venir voter ensemble, et dâamener leurs amis avec eux. Et au cas oĂč vous vous poseriez la question, oui, vous pouvez voter en drag queen. CâĂ©tait incroyable. Pas dâargent dĂ©pensĂ©, juste du temps et des e-mails. Et, le dernier jour du vote anticipĂ©, une douzaine de drag queens et leurs sympathisants sont entrĂ©s dans lâhĂŽtel de ville de Calgary et ont votĂ© ensemble - et tous les mĂ©dias les ont accompagnĂ©s. Lors de lâune des journĂ©es les plus cruciales de lâĂ©lection, lâhistoire qui a fait la une de tous les bulletins de nouvelles et la couverture de tous les journaux nâĂ©tait pas celle dâun politicien, mais celle des drag queens.
Jâai commencĂ© Ă mâengager dans le militantisme parce que jâĂ©tais sensible ou impliquĂ© dans quelque chose qui pour moi devait changer. Je nâĂ©tais peut-ĂȘtre pas la personne qui, selon moi, ferait quelque chose, mais je savais que je devais essayer, et ça a marchĂ©. Comme cette personne me lâa dit, ça ne marchera pas toujours, mais jâai aussi rĂ©alisĂ© que les gens veulent contribuer au changement, mais quâils veulent peut-ĂȘtre le faire dâune maniĂšre moins effrayante. Câest pourquoi je pense que le «âmilitantisme du clavierâ», dont on se moque parfois, est en fait gĂ©nial. Il permet aux gens de sâinitier Ă lâactivisme. Ils font savoir Ă leurs followers quâils sâintĂ©ressent aux vrais problĂšmes et que la communautĂ© peut compter sur eux, et tout cela en un seul clic. Mais avec un peu de chance, ce clic devient deux clics, puis une signature, un don, une opportunitĂ© de bĂ©nĂ©volat, une projection de film, lâĂ©criture de panneaux dâaffichage, tout ce quâil faut pour commencer Ă apporter des changements. Nous devons tous commencer quelque part, alors pourquoi pas par un clic ?