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Finance et Innovation

Comment le coronavirus a aggravé les inégalités économiques au Moyen-Orient

Par Ban Barkawi

AMMAN, 20 août (Fondation Thomson Reuters) — Selon un rapport d'Oxfam publié jeudi, le fossé entre les plus riches et les plus pauvres au Moyen-Orient et en Afrique du Nord — la région la plus inégale du monde — se creuse à cause du coronavirus.

Vingt-et-un des magnats les plus riches du Moyen-Orient, dans des pays comme les Émirats arabes unis et l'Égypte, ont vu leur valeur nette augmenter de 10 milliards de dollars depuis le début de la pandémie, selon l'organisation.

Pourtant, la COVID-19 menace de plonger 45 millions d'Arabes et de Nord-Africains dans la pauvreté, tandis que 1,7 million d'entre eux risquent de perdre leur emploi.

La pandémie a aggravé une crise économique causée par des années de conflit en imposant un lourd fardeau aux plus vulnérables.

Pourquoi l'écart de richesse au Moyen-Orient est-il si important ?

Avant même l'apparition du coronavirus, seulement 10 % de la population du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord détenait 76 % des revenus de la région.

Ces inégalités se sont creusées depuis les soulèvements anti-gouvernementaux et les mesures d'austérité qui ont frappé le monde arabe en 2010.

Selon le rapport de 32 pages, intitulé « For a Decade of Hope Not Austerity », la faiblesse des protections sociales offertes aux travailleurs ainsi que les politiques fiscales qui profitent aux entreprises au détriment de la classe ouvrière sont également en cause.

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En Tunisie, par exemple, les recettes fiscales générées par les entreprises ont diminué de 37 % entre 2010 et 2018, alors que l'impôt sur les ménages a augmenté de 10 % au cours de la même période.

Qui sera le plus touché ?

Le coronavirus menace les moyens de subsistance de 700 000 femmes du Moyen-Orient, soit environ 40 % des 1,7 million d'emplois qui devraient être perdus ; et ce, bien que les femmes ne représentent que 20 % de la main-d'œuvre de la région.

Si les mesures de confinement peuvent avoir favorisé la mise en place de solutions numériques dans certaines écoles et sur certains lieux de travail, dans des pays comme l'Irak et le Maroc, où seulement la moitié des femmes ont accès à Internet, beaucoup seront laissées pour compte.

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Les 16 millions de travailleurs informels de la région — dont beaucoup travaillent sur des chantiers dans les pays arabes du Golfe comme le Qatar — sont particulièrement vulnérables, puisqu'ils seront privés de protection juridique et sociale si le virus venait à les empêcher de travailler.

Près de 14 % des travailleurs migrants de la planète vivent au Moyen-Orient, région où le système de « kafala » les rattache à leurs employeurs et peut être source d'exploitation.

Dans les pays du Golfe, le taux d'infection est le plus élevé parmi les travailleurs migrants, qui ont souvent déjà perdu leur emploi et sont obligés d'utiliser leurs économies pour survivre.

Comment réduire l'écart de richesse ?

Bien qu'il n'y ait pas de solution miracle, surtout avec les guerres civiles et l'instabilité actuelles, les gouvernements devront introduire des politiques qui offrent des soins de santé et une éducation pour tous, augmenter le salaire minimum et améliorer la fiscalité, comme le recommande Oxfam.

Au Liban, les Nations Unies ont déclaré qu'un fonds de solidarité nationale était nécessaire pour aider le pays à combler son écart de pauvreté au lendemain d'une crise économique et d'une terrible explosion qui a ravagé Beyrouth le 4 août.

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Si le Liban avait introduit un impôt de solidarité sur la fortune de 5 % l'année dernière, il aurait pu générer 3,7 milliards de dollars pour aider à reconstruire les infrastructures et à protéger la population après l'explosion, a déclaré Oxfam.

De même, si des pays comme la Jordanie, l'Égypte et le Maroc avaient mis en place un impôt sur la fortune de 2 % à partir de 2010, ils auraient pu mobiliser plus de ressources que tous les prêts octroyés par le Fonds monétaire international au cours des dernières années, ce qui aurait permis d'éviter des mesures d'austérité.

(Article de Ban Barkawi @banbarkawi ; édition par Tom Finn. Veuillez créditer la Fondation Thomson Reuters, la branche caritative de Thomson Reuters qui se penche sur la vie des personnes qui, dans le monde entier, luttent pour vivre librement ou équitablement. Consultez le site  http://news.trust.org)