Dans un pays ravagé par la guerre, les déplacements forcés et l’effondrement du système de santé, Valeriia Rachynska a fait le choix de rester pour sauver des vies.
Depuis 2022, elle occupe le poste de directrice des droits humains, du genre et du développement communautaire au sein de 100 % Life, le plus grand réseau de personnes vivant avec le VIH en Ukraine. À ce titre, elle a contribué à mobiliser une aide humanitaire pour plus de 300 000 personnes à travers le pays, en mettant l’accent sur les droits des personnes vivant avec le VIH, des communautés vulnérables et des survivant·es de violences sexuelles liées aux conflits.
Mais son engagement ne commence pas là.
Tout a basculé lorsqu’un homme, récemment diagnostiqué avec le VIH, est décédé alors qu’il attendait un transfert hospitalier qui n’est jamais arrivé. L’établissement dont il avait besoin se trouvait à seulement 60 kilomètres. Pourtant, les lourdeurs administratives et les défaillances systémiques ont transformé ce trajet en un retard fatal de trois mois. Rachynska porte encore le poids de cette perte. Ce qui l’inquiète, explique-t-elle, ce n’est pas l’échec en soi, mais le coût de l’inaction, et la peur que, sans des politiques adaptées, une autre vie soit perdue.
Cette crainte, conjuguée à son propre vécu en tant que personne vivant avec le VIH, est devenue sa boussole.
Lorsque la guerre à grande échelle a éclaté en Ukraine en 2022, tout s’est figé. Aéroports, routes, frontières et chaînes d’approvisionnement ont été paralysés, laissant des millions de personnes bloquées. Rachynska et son équipe, avec le soutien de partenaires internationaux, ont alors mis en place une réponse d’urgence afin de garantir la continuité des services liés au VIH sur l’ensemble du territoire ukrainien.
« L’inaction est un luxe que nous ne pouvons pas nous permettre », affirme-t-elle. « Il ne s’agit pas seulement de médicaments. Les personnes ont aussi besoin de nourriture, d’un toit et de soutien, d’autant plus lorsqu’elles doivent déjà faire face au poids du stigmate. »
C’est précisément ce stigmate que Rachynska s’emploie à déconstruire sans relâche. Elle fait entendre sa voix pour défendre les droits humains des personnes vivant avec le VIH, en menant de nombreuses initiatives visant à combattre les préjugés, garantir l’accès aux soins et faire évoluer les politiques discriminatoires en Ukraine.
Valeriia Rachynska, lauréate du Global Citizen Prize, dirige une manifestation en Ukraine. Image : 100% Life
En décembre 2020, Valeriia a joué un rôle clé pour intégrer les leaders religieux ukrainiens au Partenariat mondial d’action pour éliminer toutes les formes de stigmatisation et de discrimination liées au VIH. Elle a aussi porté des efforts pour réformer les lois discriminatoires, notamment en plaidant pour la décriminalisation du VIH en Ukraine, soutenant que la législation actuelle pousse les gens dans la clandestinité et aggrave la crise du VIH dans son pays. Grâce à son plaidoyer soutenu, et à celui de ses partenaires, une victoire historique a été remportée : le parlement ukrainien a voté la suppression de l’article draconien visant la criminalisation du VIH dans le code pénal.
Son impact s'étend bien au-delà des frontières ukrainiennes.
Au niveau international, Rachynska a représenté les ONG européennes auprès du Conseil de coordination du Programme ONUSIDA, a co-présidé le Réseau mondial des personnes vivant avec le VIH, et siège actuellement à la Communauté des Développements au Conseil du Fonds mondial – un collectif de personnes vivant avec le VIH ou impactées par la tuberculose et le paludisme, qui influence les politiques du Fonds mondial partout dans le monde.
Rachynska voit ces distinctions non pas comme des victoires personnelles, mais comme des projecteurs sur les causes qu’elle défend. « La priorité la plus importante, c’est la vie humaine. Pas les ressources, pas les biens, pas le pouvoir, » dit-elle. « C’est ça, qui rendra le monde meilleur. »
Le Global Citizen Prize est un prix annuel qui met en lumière les militant·es de l’ombre qui transforment positivement leurs communautés et vont plus loin pour rayer les plus grands défis mondiaux de la « to-do list » : les Objectifs mondiaux des Nations Unies.