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Filles et Femmes

Ange et Ivan Kagame nous disent pourquoi ils #LevelTheLaw

Le Rwanda est un des pays qui présentent le moins d'inégalités de genre au monde : classé au sixième rang, la parité hommes-femmes y est bien respectée. Comment un pays ravagé par le génocide il y a quelques décennies a-t-il réussi cette transition ? Une grande partie de la réussite du Rwanda en matière d'égalité de genre est liée à la décision du gouvernement de créer une égalité pour les filles et les femmes garantie par la loi.

Global Citizen a eu l'occasion d'interviewer Ange Kagame, défenseuse de notre campagne Level the Law, et Ivan Kagame pour écouter leurs réflexions sur l'importance d'éliminer les législations discriminatoires qui freinent les filles et nuisent aux femmes dans le monde entier.

Voici ce qu'ils avaient à dire :


Pourquoi soutenez-vous la campagne Level the Law ?

ANGE:  Malheureusement, dans de nombreux pays, les filles et les femmes sont freinées par le sexisme légalement sanctionné et par des lois qui empêchent les femmes de voyager hors du foyer ou d'obtenir un travail laïc sans le consentement des hommes. Ce n’est pas le cas pour les femmes rwandaises, car mon pays a fait de grands progrès vers l’égalité juridique entre les hommes et les femmes. Aujourd'hui, le rôle important des femmes au Rwanda est dû aux décisions conscientes prises par les dirigeants post-génocide, qui ont soutenu leur participation active dans tous les aspects du développement de la nation. C'est pourquoi je soutiens la campagne Level the Law.

Les lois sont essentielles pour ouvrir la voie à l'égalité de genre, mais les communautés en sont le véritable moteur. Dans quelle mesure est-il difficile d'amener les communautés rwandaises à coopérer ?

ANGE:Grâce à l’amélioration de la qualité de vie et de l’égalité juridique, les femmes sont désormais en mesure de défier les postulats traditionnels et d’afficher une confiance en elles-mêmes dans leur vie personnelle et professionnelle, qui brise les frontières réelles et perçues entre les individus, les voisins et les communautés. Mais plus important encore, pour que la sensibilisation de la communauté soit réussie, il faut faire confiance aux dirigeants. Pour toutes les décisions à prendre, des consultations communautaires sont menées à tous les niveaux. Cela crée une appropriation et une plateforme pour défier les idées traditionnelles  préconçues. Je crois que c'est la raison pour laquelle cela a fonctionné au Rwanda.

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Les hommes ont-ils défendu également les droits des femmes, ou la cause est-elle principalement dirigée par les femmes ?

IVAN: Ces deux affirmations sont vraies parce qu'elles ne s'excluent pas mutuellement. Oui, le mouvement pour les droits des femmes a toujours été dirigé par des femmes, et ce sera probablement toujours le cas. Mais l'implication d'un nombre croissant d'hommes a constitué un changement fondamental. Inspirés et encouragés par des modèles comme mon père, les jeunes hommes adultes de ma génération ont grandi entourés de femmes travailleuses instruites et prospères, leurs sœurs et leurs mères, par exemple, dont la vie même a démontré la nécessité et les avantages pour tous de traiter les hommes et les femmes de manière égale.

Quel impact ont eu les Isange One Stop Centers ?

ANGE:  Après que ma mère ait lancé les « Isange One Stop Centers » pour lutter contre les violences sexistes au niveau local, ces centres se sont rapidement développés. La fourniture de services psychosociaux, médico-légaux et médicaux aux victimes a apporté des avantages immédiats et tangibles aux femmes qui étaient en situation d'impuissance. La particularité de ces centres réside dans le fait que les victimes ont accès à toutes ces aides DANS UN SEUL ET MÊME endroit. Un refuge, donc une solution à court terme mais aussi à long terme puisque toutes les preuves acceptables par les tribunaux sont rassemblées dans les centres pour assurer la justice aux victimes.

Dans la communauté, ces centres ont également sensibilisé les femmes et les hommes à la manière de prévenir et de réagir face à la violence domestique. Ces centres citoyens ont littéralement changé la vie des gens.

Selon vous, où en seront les droits des femmes au Rwanda dans 5 ans ?

ANGE: Les progrès des droits des femmes au Rwanda ont été impressionnants et relativement rapides. Cela a été rendu possible par les protections juridiques accordées aux femmes et par la croissance soutenue du niveau et de la qualité de vie moyens des Rwandais. Il est à espérer que, si le Rwanda continue de se développer comme prévu au cours des cinq prochaines années, les femmes continueront d'être plus instruites, plus responsabilisées et continueront d'apporter une contribution significative au bien-être socio-économique du Rwanda.

Que peuvent apprendre les autres pays de la réussite du Rwanda ?

IVAN: Peut-être que la leçon la plus importante à tirer de l'expérience rwandaise est que la promotion des droits des femmes, ou tout autre aspect de la justice sociale, ne doit pas être considérée et ne peut être réalisée de manière isolé. La nécessité d’une plus grande égalité de genre a toujours été un véritable défi, mais il n’a pas été possible de changer les choses tant que les dirigeants politiques de mon pays n’avaient pas modifié les lois qui freinaient les filles et les femmes dans tous les aspects de leur vie. Toute la société rwandaise prospère lorsque les filles sont capables de recevoir une éducation décente et que l'égalité dans le secteur privé de l'économie pousse les entreprises à  fournir de bons emplois aux hommes et aux femmes. D'autres pays devraient apprendre que, comme le Rwanda l'a démontré, la voie du progrès sur les droits des femmes est semée d’embûches, mais cela vaut clairement la peine de l’emprunter.

Qu'est-ce qui fait de vous une Global Citizen ?

ANGE:Je me considère comme une Global Citizen pour deux raisons, une raison personnelle et une raison morale. D'un point de vue personnel, j'ai eu la chance de grandir et d'être éduquée dans différentes parties du monde, et tout simplement, le fait de voyager dans le monde en général m'a ouvert les yeux sur tout ce que le monde et ses nombreuses cultures ont à offrir à une jeune personne. Mes parents et mes expériences personnelles m'ont offert une perspective suffisamment mûre pour reconnaître que les luttes que les femmes de mon pays sont en train de surmonter sont vécues partout par des femmes. Je considère donc qu'il est de mon devoir moral, quand c'est possible, d'être un modèle et une voix forte pour les femmes qui n'ont pas leur propre voix politique ou économique, où qu'elles soient.