Quand on pense à l'activisme, des images de rassemblements, de manifestations et d'autres formes de désobéissance civile peuvent traverser notre esprit. Alors que ces actions sont essentielles pour faire respecter la Déclaration universelle des droits de l'homme, elles ne constituent pas l'unique manière pour Global Citizens de défendre les droits humains partout dans le monde.

Quand on exerce son droit de parler librement, de débattre, ou de communiquer avec des représentants élus, on le fait dans l'espace civique. L'espace civique est essentiellement défini comme étant un environnement dans lequel des personnes peuvent s'engager dans des sujets politiques ou de société qui concernent nos vies.

Mais afin de participer à l'espace civique, vous devez pouvoir avoir accès aux outils et aux ressources nécessaires sans interférence de la part de votre gouvernement ou d'autres acteurs de la sphère du pouvoir. Selon l'organisme international à but non lucratif CIVICUS, 9 personnes sur 10 vivent dans un pays dans lequel les libertés civiques sont fortement restreintes. CIVICUS repère les exemples de répressions gouvernementales par le biais de leur surveillance en ligne afin de mettre la lumière sur la manière dont certaines lois et politiques restreignent l'espace civique.

​​« Nous faisons face à un paysage complexe sans précédent pour la défense des droits humains, qui est truffé de défis, a déclaré à Global Citizen Conor Fortune, directeur de la communication et de l'événementiel pour l'association Front Line Defenders. Ces défis comprennent une stratégie de répression durable, concertée, avec de nombreuses ressources de la part des gouvernements autoritaires qui ciblent les défenseurs des droits humains, une faible défense des droits humains de la part de certains gouvernements démocratiques, ainsi que l'érosion des protections des droits humains dans certains pays. »

Front Line Defenders travaille partout dans le monde avec des militants des droits humains qui luttent contre les gouvernements dictatoriaux. En offrant de la sécurité, du soutien et de la protection en temps de crise, Front Line Defenders aide ces militants à mettre en lumière la fermeture de l'espace civique.

Un espace civique ​​« fermé » est un espace dans lequel des gouvernements tentent de se protéger de la critique en emprisonnant, en blessant et, dans certains cas, en assassinant les personnes qui exercent leur libertés civiques. Pour qu'un gouvernement puisse promouvoir un espace civique ​​« ouvert », il doit autoriser ses citoyens à se rassembler, à critiquer, à protester et à s'exprimer sans crainte de représailles.

Pourquoi l'espace civique ouvert est-il important pour défendre les droits humains ?

L'espace civique maintient la démocratie et encourage l'équité et la transparence. Garantir l'existence d'un espace civique sain à la fois dans le monde et en local, qu'il soit en personne ou en ligne, est essentiel lorsqu'il s'agit de construire la confiance individuelle dans les institutions et une participation dans la société. Les gens doivent pouvoir exprimer leur opinion et être entendus par leur élus, par exemple, afin de s'assurer que les personnes au pouvoir vont faire de leur mieux pour travailler dans leur intérêt.

Malheureusement, il existe de nombreuses situations actuelles qui nous montrent le contraire d'un espace civique sain.

Lorsque des tensions montent entre un gouvernement et son peuple, l'étape suivante idéale est d'ouvrir les canaux de communications et d'inviter les personnes à participer à la société civique. Mais dans certains cas, particulièrement quand un conflit ou des crises éclatent, les dirigeants mondiaux utilisent ces perturbations comme une occasion de fermer l'espace civique au lieu de le protéger. Ce fut le cas lors de la pandémie de COVID-19.

​​« La crise de santé a créé une opportunité pour les gouvernements de consolider leur pouvoir, que les dirigeants anti-démocratie ont saisi, en retardant les élections, en abusant de l'état d'urgence, en réprimant la liberté de la presse. Nous avons vu cela partout dans le monde » a pu confirmer à Global Citizen Nicole Bibbins Sedaca, la vice-présidente de Freedom House.

Freedom House est une organisation non-gouvernementale (ONG) qui documente les différentes restrictions des droits humains par les dirigeants mondiaux, à la fois dans leur pays et à l'étranger. Dans son rapport de 2021 Freedom in the World (Liberté dans le monde), leur équipe a pu signaler des exemples de dirigeants mondiaux ayant utilisé la pandémie pour bafouer les droits humains.

« En Hongrie, Viktor Orbán a utilisé l'état d'urgence pour accumuler du pouvoir pour sa branche exécutive ; en Algérie, le gouvernement a utilisé les interdictions de rassemblement liées à la pandémie pour supprimer un mouvement contestataire ; et aux Philippines, les autorités ont intimidé et arrêté plusieurs personnes sous prétexte qu'elles auraient répandue de fausses informations concernant le virus et critiqué l'efficacité de l'état, y compris pour des publications sur les réseaux sociaux, nous a dit Bibbins Sedaca. Comme nous l'avons vu avec la poursuite des politiques draconiennes du [parti communiste chinois], soit-disant pour renforcer sa lutte contre le COVID, certains de ces abus sont systémiques et ne s'arrêteront pas à la fin de la pandémie. »

Sans liberté de se rassembler et de critiquer un gouvernement, il est impossible de demander des comptes à un gouvernement dictatorial. Et quand la responsabilité est absente, les violations des droits humains prospèrent.

« C'est peut-être ironique, mais de nombreuses personnes ne réalisent pas la valeur des droits humains dont ils bénéficient jusqu'à ce que ces droits soient menacés, a ajouté Fortune. La perte du droit à l'information, ou de celui au consentement libre, préalable et informé, affaiblie l'opposition à des idées impopulaires ou dangeureuses, et peut paver la route à d'autres violations de droits. »

3 façons pour votre gouvernement de protéger l'espace civique

1. L'information doit être publique et accessible.

2. Les communautés autochtones doivent pouvoir fournir un consentement libre, préalable et informé, et ceci doit servir d'exemple pour les autres communautés.

3. Les gouvernements doivent mettre en oeuvre des mécanismes de responsabilité.

L'information doit être publique et accessible.

Une information généralisée et accessible encourage la transparence au sein des gouvernements et aide les personnes à avoir confiance en leur dirigeants. Elle permet également aux personnes de jouer un rôle dans les décisions concernant les politiques qui régissent leur vie, construisant ainsi des nations réellement coopératives.

Le droit d'accès à l'information est protégé par l'Article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, mais de nombreux pays ont arrêté suite aux difficultés pour entériner la liberté dinformation en loi. Les politiques de liberté d'information précisent si et comment les citoyens peuvent avoir accès aux documents publics et les étudier afin de prendre des décisions éclairées dans une société civique, et, éventuellement de demander des comptes aux dirigeants le cas échéant.

La bonne nouvelle : il existe des cas positifs de nations adoptant des politiques en faveur de la liberté d'information pour reconnaître les droits humains.

L’accord d'Escazú en est un exemple. En 2018, 25 nations latino-américaines et des Caraïbes ont signé un accord international garantissant le droit des personnes de s'engager auprès de leurs gouvernements sur des sujets environnementaux.

Constituant un emblème de la manière dont les dirigeants peuvent coopérer avec leurs citoyens afin de garantir un accès à l'information, l'accord d’Escazú respecte également la participation publique dans la prise de décision et l'accès à la justice dans le cadre de sujets environnementaux. Son existence permet aux personnes vivant dans ces 25 pays de s'engager aux côtés de leurs gouvernements et de prendre part aux décisions environnementales qui auront un impact sur leur vie et leur territoire.

L'accord d’Escazú est vital pour des organisations telles que l'Alliance for Land, Indigenous, and Environmental Defenders (ALLIED), qui travaille avec des défenseurs des droits environnementaux pour protéger leur travail, améliorer l'accès aux ressources et renforcer la sureté gouvernementale et commerciale pour ceux qui subissent des menaces violentes.

« Les droits procéduraux environnementaux sont extrêmement importants pour la protection des communautés de première ligne contre les entreprises et corporations abusives. Le droit d'accès à l'information donne le pouvoir de décider pour soi ce que l'on souhaite choisir ou non, a précisé une porte-parole de ALLIED à Global Citizen. Le savoir est le pouvoir, et une fois qu'une personne est consciente de ce qu'il se passe, nous pouvons éviter les extrêmes dont nous sommes témoins fréquemment et surtout aujourd'hui. » Les communautés autochtones doivent être capables de fournir un consentement libre, préalable et informé.

Le consentement libre, préalable et informé est une composante importante de la protection des droits humains pour les peuples autochtones, qui souffrent de manière disproportionnée de pauvreté, de ressources limitées et des effets du changement climatique. Le concept garantit que les communautés autochtones sont des participants actifs pour ce qui les affecte eux et leurs territoires.

Malgré des accords pour le respect des territoires, trop de communautés autochtones font encore face à des délocalisations forcées et des dégradations de leur environnement par des acteurs d'état ou des entreprises.

Quand les USA et le Canada ont donné le feu vert pour construire un oléoduc transfrontalier, des groupes autochtones ont protesté sur la base d'un manque de consentement libre, préalable et informé. Le Keystone XL serait non seulement passé par deux territoires autochtones de chaque pays, mais il aurait en plus menacé l'environnement de ces territoires, par une pollution des rivières et de l'air.

Les peuples autochtones sont souvent privés de leur voix dans des situations concernant directement leurs vies ou leur territoire, menaçant leur capacité à s'engager dans l'espace civique. Une fois qu'il sera respecté mondialement, l'exemple du droit au consentement libre, préalable et informé devrait être étendu à d'autres communautés qui ne sont pas consultées avant l'action d'un gouvernement. Ce sera le seul moyen de construire une confiance, une

Les gouvernements doivent mettre en œuvre des mécanismes de responsabilité.

Quand un gouvernement commet des violations de droits humains, son futur, et celui de son peuple, peut être affecté par la manière dont on lui demande des comptes à un niveau local et mondial. La promesse d'une responsabilité encourage les citoyens à s'engager dans l'espace civique, et garantit qu'il y aura des conséquences pour les personnes qui ne respectent pas les droits humains.

« Des élections justes et libres sont une composante vitale pour une responsabilité démocratique, mais ce n'est pas le seul ingrédient. Il faut aussi le respect de la loi, un système judiciaire indépendant, un journalisme basé sur des faits qui pourra demander des comptes au pouvoir sans crainte de représailles, nous a dit Bibbins Sedaca. La responsabilité peut [aussi] se faire par le biais des droits fondamentaux des personnes à s'exprimer, à se rassembler paisiblement et à s'associer avec d'autres personnes pour défendre un changement. »

Même lorsque ces systèmes semblent être en place, il existe des différences sur la façon dont ils sont mis en œuvre.

Prenez, par exemple, la Russie, qui se décrit comme étant une république démocratique dans laquelle les citoyens élisent leur représentants gouvernementaux. Malgré l'assertion que ces élections soient justes et libres, les victoires régulières du président Vladimir sont accompagnées d'accusations de bourrage des urnes ainsi que d'un faible taux de participation.

En Iran, où des manifestations ont éclaté dans tout le pays après le décès de Mahsa Jina Amini sous les coups des forces de police, des organisations de défense des droits humains sont les exemples édifiants d'arrestations et représailles violentes contre des protestants pacifiques. Ceci a lieu malgré la loi internationale précédemment qui garantit le droit des personnes à manifester de manière pacifique.

Pour adopter de vrais mécanismes de responsabilité pour les pays, il doit exister une direction claire et complète sur la manière dont les gouvernements sont tenus responsables de leurs actions par et pour le peuple. Les nations doivent réformer les institutions, surtout dans le domaine judiciaire, afin de pouvoir demander des comptes aux dirigeants. Les organisations intergouvernementales telles que la Cour pénale internationale (CPI) et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) peuvent aider par le biais d'enquêtes et de poursuites pour violations des droits humains.

Agissez pour défendre l'espace civique

L'espace civique étant menacé, les Global Citizens doivent s'assurer que les dirigeants du monde savent qu'ils sont surveillés. Voici comment vous pouvez agiir pour défendre l'espace civique et protéger les droits humains partout dans le monde :

  • Engagez-vous dans l'espace civique : soutenez des causes pour lesquelles vous vous sentez concernés en contactant les représentants de cette cause et en ralliant vos amis et vos familles.

  • Connaissez vos droits : de nombreux abus et limitations de l'espace civique peuvent avoir lieu car les personnes ne connaissent pas leur pouvoir et leurs droits. Lisez la Déclaration des droits de l'homme des Nations Unies ainsi que la constitution de votre pays pour être conscient de vos droits et de ceux dont vous pouvez bénéficier mais que votre pays ne reconnaît pas encore. Vous n'avez pas besoin d'être un érudit pour vous y intéresser. Vous avez des droits car vous êtes un être humain.

  • Battez-vous pour les droits des autres :Signez notre pétition pour la défense du droit à manifester sans crainte d'arrestation ou de représailles.

  • Informez-vous sur l'espace civique :Répondez à notre quiz pour tester vos connaissances sur l'espace civique et partagez ces informations avec vos amis et votre famille.


Cet article fait partie d'une série en ligne afin de défendre le plaidoyer et l'espace civique, rendue possible grâce au financement de la Fondation Ford.

Global Citizen Explains

Exiger l’équité

3 façons pour votre gouvernement de protéger l'espace civique

Par Jaxx Artz