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A woman gets her temperature checked before entering Mpilo Hospita in Zimbabwe, April 2020.
KB Mpofu/ILO
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COVID-19 est un nom féminin. Et si son remède l’était aussi ?


Pourquoi les Global Citizens doivent s’en préoccuper
Les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, qui visent à mettre fin à l’extrême pauvreté, soulignent l’interdépendance des défis mondiaux, tels que l’éducation, l’égalité de genre, les soins de santé, la nutrition, l’environnement et plus. Les inégalités de genre, par exemple, ont un impact sur tous les autres volets des ODD ; il ne sera donc pas possible de garantir des soins de santé de qualité pour tous tant que l’égalité de genre ne sera pas réalisée. Rejoignez le mouvement en passant à l’action ici pour aider à atteindre les ODD et à construire un monde meilleur pour tous.

Cet article a été écrit par Thomas O’Brien et Jozefien Van Damme de la Banque mondiale*. (Note: certains liens du présent article sont en anglais seulement.)

L'Académie française, garante de la langue française, a tranché : COVID est un nom féminin et il faut donc dire la COVID et non pas le COVID. 

Bien qu’elle repose uniquement sur des considérations linguistiques, cette décision a une résonance particulière avec la réalité de la pandémie, qui touche tout particulièrement les femmes et les filles, au même titre que d’autres groupes de populations marginalisées. 

Les populations africaines, de tout âge et de tous horizons, sont durement touchées par les conséquences directes et indirectes de la pandémie de coronavirus qui creusent les inégalités existantes, notamment par l’interdiction de se rendre sur leurs lieux de travail et la fermeture brutale des écoles.

Mais les femmes et les filles de ce continent, déjà victimes de profondes inégalités, sont particulièrement affectées par la crise.

Selon un article publié au mois de mai dans la revue The Lancet, les épidémies perturbent le fonctionnement des services sanitaires et mettent en péril la santé reproductive et l'accès aux contraceptifs. Les taux de mortalité maternelle pourraient s'envoler et augmenter de près de 40 % par mois. 

Les femmes sont victimes d'une augmentation des violences et de mauvais traitements. En Afrique du Sud, par exemple, les autorités ont enregistré près de 90 000 signalements de violence contre des femmes pendant la première semaine de confinement. En Somalie, une hausse importante des mutilations génitales féminines a également été enregistrée, à l’heure où de nombreuses filles étaient contraintes de rester chez elles. 

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Par ailleurs, ce sont les femmes et les filles africaines qui s'occupent le plus souvent des malades et des enfants au sein du foyer, ce qui les empêche de travailler à l'extérieur tout en mettant leur santé en danger. Les sources de revenus des femmes sont également les plus précaires : 82 % des femmes africaines occupent des emplois informels ou travaillent dans des secteurs frappés de plein fouet par la crise, tels que l'hôtellerie ou le petit commerce. 

Suite à la fermeture des écoles, les filles sont davantage exposées à des risques de déscolarisation, de mariage et de grossesse précoce. Les enseignements de l'épidémie d'Ebola, qui a sévi de 2013-2016 en Afrique de l’Ouest, sont édifiants : lors de la reprise des cours, on a observé une chute de la scolarisation de près de 16 points de pourcentage chez les filles. Et dans certaines communautés, les grossesses ont bondi de 65 % chez les adolescentes.

C'est ce à quoi Mariama a échappé. Cette jeune fille est née et a grandi à Freetown, en Sierra Leone. En 2014, en raison du virus Ebola, son école a fermé pendant une année entière. Malgré les difficultés, Mariama a réussi à obtenir son diplôme d'études secondaires et a postulé à l'université pour poursuivre des études d’ingénieur. Elle est à présent la première personne de sa famille à fréquenter l’université.

Photo courtesy of World Bank

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Misons sur le pouvoir des femmes africaines pour juguler l'impact du virus

Et si, face aux ravages sociaux et économiques causés par le coronavirus, des femmes et des filles comme Mariama étaient au cœur de la solution ? 

Nous savons que les investissements dans les personnes offrent d’immenses avantages aux économies. Or, selon l'indice de capital humain mis au point par la Banque mondiale, l'Afrique subsaharienne ne réalise actuellement que 40 % de son potentiel économique, parce que ses enfants sont loin de bénéficier de conditions de santé optimales et d'une scolarisation ininterrompue. 

L’Afrique a tout à gagner en investissant dans sa population féminine, surtout pendant cette période de pandémie. Les études de la Banque mondiale montrent que la réduction des inégalités entre hommes et femmes en Guinée pourrait augmenter le produit intérieur brut (PIB) par habitant de 10,2 % d'ici à 2035. En Éthiopie, la seule diminution des écarts entre les sexes en matière de productivité agricole et d'entrepreneuriat se traduirait par des gains annuels de 2,2 milliards de dollars, soit 3,3 % du PIB. 

Le coût des investissements dans les femmes et les jeunes filles n'est pas nécessairement élevé. Les gouvernements africains dépensent en moyenne 482 dollars par élève du primaire et par an. Pour chaque année scolaire supplémentaire, une fille africaine gagnera en moyenne 14 % de plus.

AFR women and men with no education FR.pngCe graphique de la Banque mondiale montre le pourcentage de la population africaine sans éducation.

Par ailleurs, avec seulement 1,93 dollar par personne et par an, nous pourrions étendre et améliorer des services qui permettent à toutes les femmes d'accéder à des moyens de contraception modernes dans les régions en développement. Chaque dollar dépensé peut également aider à fournir des contraceptifs efficaces, et permettre d'économiser environ 1,40 dollar de dépenses médicales. Une dépense d’un tel montant pourrait enfin générer un rendement à long terme de 90 à 120 dollars, grâce à une baisse de la mortalité maternelle et infantile, ainsi qu’une augmentation du revenu par habitant. 

C'est pourquoi la Banque mondiale accroît considérablement ses investissements dans la population africaine, et en particulier en faveur des femmes et des filles. Conformément à notre Plan pour le capital humain en Afrique, nous avons plus que doublé les financements alloués à des projets de développement humain dans la région au cours de l'année écoulée. 

Nous avons aussi investi dans d'autres secteurs, comme l'énergie et l'eau, afin de renforcer le capital humain. Dix-sept pays africains bénéficient de nouveaux financements destinés à promouvoir l’émancipation des femmes africaines, s’élevant à plus de 2,2 milliards de dollars.

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Au Niger, par exemple, nous aidons le gouvernement à lutter contre le mariage des enfants. Au Burundi, nous contribuons au planning familial, parallèlement à des interventions dans le domaine de la nutrition. Au Nigéria, nous nous attachons à faire en sorte que les adolescentes poursuivent leur scolarité. Dans tout le Sahel, notre grand projet pour l'autonomisation des femmes et le dividende démographique promeut une approche multisectorielle de l'émancipation des filles et des femmes. 

La crise du coronavirus nous impose de maintenir le cap et de redoubler d'efforts, afin de permettre aux millions de filles comme Mariama de voler de leurs propres ailes.

Face à la COVID, il faut que l'Afrique adopte une approche pragmatique, hautement profitable, capable de sauver des vies de préserver les moyens de subsistance et de bâtir l'avenir. L'ingrédient clé de cette recette ? L'autonomisation des femmes et des filles.

*Thomas O'Brien est le conseiller principal de la région Afrique de la Banque mondiale ; Jozefien Van Damme est la responsable principale des opérations pour le développement humain. Les opinions exprimées dans cet article sont uniquement celles des auteurs et ne doivent pas être attribuées à la Banque mondiale, à son conseil d'administration ou aux pays qu'ils représentent.