Les mesures visant à effacer les femmes et les filles dans la vie quotidienne en Afghanistan n’ont fait que s’intensifier un an après la prise du pouvoir par les talibans, le 15 aout 2021.

Les femmes et les filles doivent toujours faire face à des restrictions de leurs droits fondamentaux imposées par le groupe militant islamiste sunnite, et ce pour la première fois depuis 2001. Les vestiges de deux décennies de droits durement acquis par les femmes sont à peine visibles dans un contexte de crise économique, de sècheresse et de mesures répressives.

Les talibans estiment que l’éducation des femmes va à l’encontre de l’islam, le port du hijab est désormais obligatoire et imposé, et les femmes ne peuvent pas aller travailler ou voyager librement sans un tuteur masculin. Les femmes afghanes s’étaient vu promettre le droit de poursuivre des études et de trouver un emploi dans le cadre de l’interprétation de la loi islamique par les talibans, mais le groupe n’a pas tenu ses promesses.

Les groupes de défense des droits humains appellent la communauté internationale à adopter une position ferme à l’égard des talibans afin de protéger les femmes et les jeunes filles afghanes.

« Les filles subissent de plein fouet la détérioration de la situation », a déclaré Chris Nyamandi, Directeur national de Save the Children en Afghanistan, dans un communiqué. « Elles manquent plus de repas, souffrent d’isolement et de détresse émotionnelle, et restent à la maison pendant que les garçons vont à l’école. C’est une crise humanitaire, mais aussi une catastrophe en matière de droits de l’enfant. »

Amnesty International et Human Rights Watch demandent des sanctions et des interdictions de voyager pour contraindre les talibans à rendre des comptes. 

Voici sept faits sur la façon dont la vie a changé pour les femmes et les filles en Afghanistan, qui montrent pourquoi nous devons continuer à soutenir l’égalité des genres dans le pays.


1. Les filles afghanes risquent deux fois plus que les garçons de se coucher le ventre vide.

En raison des difficultés économiques que connait l’Afghanistan, 97% des familles ont du mal à nourrir leur famille et les filles mangent moins que les garçons, selon le dernier rapport de Save the Children.

Les femmes et les filles représentent plus de la moitié des personnes en Afghanistan qui ont du mal à manger suffisamment, a constaté le Programme alimentaire mondial, et 85 % des ménages dirigés par des femmes ont recours à des mesures drastiques pour nourrir leur famille.

Les filles sont deux fois plus susceptibles que les garçons de se coucher régulièrement le ventre vide et 9 filles sur 10 ont déclaré que leurs repas avaient diminué au cours de l’année écoulée, selon Save the Children. Les filles ont également déclaré qu’elles s’inquiétaient de perdre du poids et qu’elles manquaient d’énergie pour étudier, jouer et travailler. 

2. Plus de 45 % des filles afghanes ne vont pas à l’école.

Des centaines de milliers de filles et de jeunes femmes ne sont plus scolarisées depuis la prise du pouvoir par les talibans.

En septembre 2021, les talibans ont ordonné la réouverture des écoles secondaires, mais uniquement pour les enseignants et les étudiants de sexe masculin, sans mentionner les femmes et les filles - cette décision est considérée comme une interdiction de facto qui annule des années de processus d’égalité entre les genres. Quelques écoles ont rouvert pour les filles dans certaines provinces en raison de la pression publique, mais la grande majorité des écoles du pays sont restées fermées.

Plus tôt cette année, les talibans ont annoncé que tous les élèves, y compris les filles, pourraient revenir en mars 2022, au début de la nouvelle année scolaire, mais lorsque les filles sont retournées à l’école secondaire cette semaine-là, elles ont été renvoyées chez elles par les talibans le jour même en raison de problèmes de code vestimentaire. Dans un communiqué publié plus tard dans la journée, le ministère de l’Éducation a déclaré que l’éducation des filles au-delà de la sixième année était suspendue indéfiniment, ce qui a suscité l’indignation générale. 

Toujours selon Save the Children, plus de 45 % des filles disent ne pas aller à l’école, contre 20 % des garçons, en raison d’obstacles tels que les difficultés économiques et l’attitude de la communauté à l’égard de l’éducation des filles. Une petite minorité de filles et de femmes étudient en ligne et dans des écoles clandestines mais de nombreuses familles ne disposent pas de la technologie nécessaire ou des fonds pour supporter les frais de scolarité et les couts supplémentaires. 

Les universités seront également privées de nouvelles étudiantes si l’interdiction imposée aux filles de fréquenter le secondaire est maintenue, selon le Guardian. Certains collèges sont ouverts aux femmes dans le cadre d’une stricte ségrégation sexuelle et même celles qui sont autorisées à poursuivre leurs études peuvent être limitées aux domaines d’études approuvés par les talibans, tels que l’éducation et les soins de santé.

Les restrictions en matière de comportement et de code vestimentaire, ainsi que le harcèlement des femmes par les talibans, ont créé des environnements d’apprentissage dangereux qui désavantagent les étudiantes. De nombreuses étudiantes ont soit cessé de fréquenter l’école, soit décidé de ne pas s’inscrire à l’université du tout.

3. 26% des filles afghanes montrent des signes de dépression.

Les rapports montrent que les problèmes de santé mentale des femmes et des filles afghanes ont considérablement augmenté. Le personnel soignant a signalé à Save the Children que 26 % des filles en Afghanistan montrent des signes de dépression, contre 16 % des garçons, et que 27 % des filles montrent des signes d’anxiété, contre 18 % des garçons.

Les filles qui ont participé à des groupes de discussion de l’organisation ont déclaré que les préoccupations et les cauchemars contribuaient aux problèmes de sommeil. Elles ont également déclaré que depuis la prise du pouvoir par les talibans, elles ne peuvent plus participer aux activités qui les rendaient heureuses, comme passer du temps avec des parents et des amis et aller dans les parcs et les magasins.

De plus, ils ont exprimé leur déception et leur colère face au fait qu’ils ne peuvent plus aller à l’école et ont dit qu’ils se sentaient désespérés quant à leur avenir, car leurs droits et libertés ont été réduits à néant.

4. Les filles représentent 88 % des mariages d’enfants en Afghanistan depuis l’année dernière.

Lorsque les familles connaissent des difficultés économiques, les filles sont souvent les premières à en payer le prix, dans la mesure où les marier, c’est une bouche de moins à nourrir.  Selon Save the Children, la situation économique en Afghanistan fait que les ménages n’ont pas assez de nourriture ou de produits de base et augmente les mariages d’enfants au sein des communautés.

Le manque d’opportunités professionnelles et éducatives pour les femmes et les filles, les familles qui forcent les femmes et les filles à épouser des membres des talibans, et les membres des talibans qui forcent les femmes et les filles à les épouser sont autant de facteurs qui contribuent à cette augmentation, selon Amnesty International.

Parmi les enfants qui ont déclaré avoir été contraints de se marier pour améliorer la situation financière de leur famille au cours de l’année écoulée, 88 % étaient des filles.

5. Les femmes ont perdu le droit de manifester pacifiquement. 

Depuis que les talibans ont pris le pouvoir, la police a empêché les manifestations menées par des femmes activistes à Kaboul et dans d’autres villes. 

Selon Amnesty International, les femmes qui ont tenté de s’opposer au groupe en manifestant pacifiquement ont été menacées, arrêtées, placées en détention, torturées physiquement et psychologiquement, et ont été victimes de disparition forcée. Les manifestantes arrêtées ont été privées de nourriture, d’eau, de ventilation, de produits sanitaires et de soins de santé. 

Pour être libérées, les manifestantes ont dû s’engager à ne plus jamais manifester ni parler publiquement de leur détention.

6. La liberté de mouvement des femmes est plus restreinte.

Les femmes et les filles ne sont plus autorisées à parcourir de longues distances sans l’accompagnement d’un tuteur masculin, appelé mahram. 

Les talibans ont annoncé en décembre 2021 que les femmes ne pouvaient pas parcourir plus de 45 miles sans être escortées par un parent masculin. Ce texte n’est pas systématiquement appliqué, mais les femmes craignent toujours des représailles, en particulier les femmes pauvres et vulnérables, qui sont davantage exposées. 

Cette restriction a limité leur accès à des services indispensables comme les soins de santé : près de 10 % de la population doit voyager plus de deux heures pour atteindre un établissement médical et près de la moitié doit voyager plus de 30 minutes. Des rapports indiquent également que des responsables talibans ont empêché les médecins de recevoir des femmes qui ne sont pas accompagnées d’un tuteur masculin, mais même les femmes accompagnées d’un tuteur peuvent ne pas se sentir à l’aise pour discuter de questions liées aux soins de santé reproductive en présence de ce dernier. 

En mai 2022, le ministère pour la Promotion de la vertu et la Répression du vice a recommandé à toutes les femmes de porter une burqa ou de se couvrir le visage en public et les a averties qu’elles ne devaient pas quitter la maison. Ces conseils ne sont pas strictement appliqués dans des villes comme Kaboul, mais des groupes de défense des droits ont rapporté que les talibans ont appliqué des punitions sévères, comme le fouet et la lapidation, aux filles et aux femmes qui tentent de s’enfuir, fuient les violences domestiques, opposent une résistance à un mariage forcé ou ont des relations sexuelles illicites dans les zones rurales.

Il existe également des témoignages isolés selon lesquels les talibans battent les filles qui sourient ou portent des vêtements trop serrés. 

7. Les femmes ont massivement quitté le marché du travail.

Après la prise du pouvoir, le Premier ministre taliban, le mollah Mohammad Hassan Akhund, a déclaré que les femmes seraient autorisées à continuer à travailler, mais les employées du gouvernement à Kaboul ont vu leurs salaires être diminués et ont reçu l’ordre de rester à la maison, à l’exception des femmes dont le travail ne pouvait être effectué par des hommes. Les fonctionnaires qui ne respectaient pas le code vestimentaire du hijab étaient menacés de licenciement. 

La participation des femmes à la main-d’œuvre afghane avait atteint un sommet d’environ 22 % juste avant la pandémie de COVID-19, mais des centaines de milliers d’emplois supplémentaires ont été supprimés depuis la prise du pouvoir par les talibans, ce qui a affecté les femmes de manière disproportionnée.  

Toutes les industries ont été touchées, mais certaines l’ont été plus que d’autres. Plus de 3 500 femmes responsables de petites et moyennes entreprises ont dû cesser leurs activités par crainte d’être punies pour ne pas avoir couvert leur visage, selon la Chambre de commerce des femmes afghanes. 

Près de 40 % des enseignantes du pays étaient des femmes avant la prise de pouvoir, mais elles ne sont plus qu’une poignée à enseigner. Qui plus est, à la fin de l’année 2021, on estimait que seulement une centaine des 700 femmes journalistes de Kaboul étaient encore en activité.

De nombreuses femmes médecins afghanes, notamment celles qui travaillaient dans le domaine de la santé reproductive et sexuelle, ont fui le pays afin de se mettre en sécurité. Après leur avoir d’abord déconseillé d’y aller, les talibans ont exhorté les femmes travaillant dans le secteur de la santé à reprendre le travail en aout 2021. Mais le secteur des soins de santé continue de subir une perte importante, les femmes qui restent étant menacées pour ne pas avoir respecté les règles.

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Par Leah Rodriguez